Histoire du livre numérique

Comme promis dans notre introduction, nous allons commencer par un historique du livre numérique, de ses débuts à aujourd’hui.

I Les débuts

Bien que les livres électroniques ne se soient vraiment répandus que ces dernières années, les premiers projets de numérisation d’œuvres littéraires remontent à il y a un peu plus de 40 ans, avec notamment le projet Gutenberg.  Depuis 1971, ce projet créé par l’américain Michael Hart se donne pour but de mettre à disposition de tous le plus grand nombre d’œuvres possibles. D’abord limité aux œuvres libres de droits anglophones, il propose aujourd’hui plus de 40 000 livres téléchargeables gratuitement, dans plusieurs langues et en divers formats compatibles avec les différentes liseuses du marché.

Cependant, les livres numérisés ne sont à l’époque lisibles que sur ordinateur, les toutes premières liseuses n’apparaissant qu’en 1992, avec le Bookman de Sony. Cette machine de 18cm sur 15, pour 5cm d’épaisseur, permettait de lire sur un écran de 4,5’’ des documents stockés sur des disquettes spéciales. La faible résolution de l’écran, l’autonomie insuffisante et son prix élevé (900$) ont fait qu’elle n’a pas vraiment rencontré de succès. Vous pouvez tout de même voir une démonstration de son fonctionnement ici : http://www.youtube.com/watch?v=opDD0rS5ats .

En parallèle, dans les années 1990 se développent divers services liés aux livres numériques : les éditeurs commencent à proposer quelques un de leurs produits en version numériques, pendant que des maisons d’édition entièrement dédiées aux livres numériques commencent à apparaître. Pour la littérature francophone, Editel en 1995, et Cylibris en 1996 sont les premiers à se lancer sur le marché.

En plus des éditeurs, les bibliothèques commencent également à prendre conscience de l’importance de l’arrivée du numériques dans le domaine du livre et de la littérature. Elles développent des pages web permettant d’accéder à leur catalogue, et certaines vont plus loin en numérisant une partie de leur documents afin de faciliter l’accès à des œuvres qui peuvent être trop rares ou trop fragiles pour être facilement consultées par le public. Ainsi le projet Gallica lancé en 1997 par la Bibliothèque nationale de France, vise à « constituer une bibliothèque encyclopédique et raisonnée, représentative des grands auteurs français et des courants de recherche et de réflexion par delà les siècles »[1]. Il contient aujourd’hui plus d’un million de documents sous formes d’images et de textes, dont un grand nombre de pièces historiques.

II L’ouverture progressive au grand public

Si la première liseuse de Sony n’a pas eu de succès fulgurant, vers les années 2000 de nouveaux appareils dédiés à la lecture des livres électroniques commencent à apparaître. Grâce aux progrès technologiques, ces appareils et donc le livre électronique vont gagner en mobilité, et obtenir ainsi un des atouts majeurs du livre classique : pouvoir l’emmener partout avec nous. Par exemple, le Rocket eBook, créé en partenariat avec la chaine de librairie Barnes & Nobles. Ces premières tablettes sont de la taille d’un gros livre : elles pèsent entre 700 grammes et 2 kilos. Du fait de leur capacité de stockage limitée à une dizaine de livres seulement, et de leur écran LCD peu adapté à la lecture, ces tablettes n’auront pas de succès important.

source : http://wiki.mobileread.com

Rocket ebook (source : http://wiki.mobileread.com)

Avec le développement du livre électronique et l’augmentation du nombre d’auteurs diffusés de cette manière se pose la question du droit d’auteur sur internet. En effet les licences de droits d’auteurs existantes sont très restrictives et peu adaptées à un usage internet, notamment dans les pays anglo-saxons. C’est pourquoi en 2001 sont créées les licences Creative Commons qui permettent la diffusion des œuvres et la réutilisation par le public tout en encadrant l’exploitation commerciale et en protégeant les auteurs. Ces licences posent les bases d’une diffusion plus adaptée aux capacités de partage de l’information et des œuvres qu’offrent internet et le web.

logo creative commons

III La démocratisation

A partir de 2003 le livre électronique se démocratise : un nombre significatif de versions numériques de livres sont vendus sur plusieurs plateformes, telles que Amazon.com, Yahoo! eBook store, Barnes & Nobles. Les acteurs proposant des solutions pour lire ces livres se multiplient, et avec eux le nombre de formats de fichier différents adaptés au livre électronique voient le jour : notamment le format PDF d’Adobe Reader, le format LIT pour le logiciel Microsoft Reader ou le format Mobipocket Reader pour les premiers appareils mobiles. Pour éviter que le consommateur final ne se perde face à la prolifération du nombre de formats et pour faciliter l’interopérabilité, un format standard est créé : l’open ebook, qui deviendra ensuite le format epub, qui est maintenant un des formats les plus répandus. Ce format est prévu pour gérer les DRM (Digital Rights Management) afin d’assurer aux distributeurs le respect des droits d’auteur de la part du consommateur.

Depuis 2004, en parallèle de projets tels que Gallica, les géants de l’internet s’intéressent progressivement au potentiel présenté par la numérisation des livres présents dans les bibliothèques. Google  crée le programme Google Print, qui consiste d’abord à proposer des extraits de livres à la lecture puis l’achat de ces livres auprès d’une librairie en ligne. Rapidement Google Print se transforme en Google Books, avec un nouvel objectif : la numérisation des livres libres de droits présents dans les fonds des grandes bibliothèques. Ces livres sont ensuite consultables et téléchargeables.

A partir de 2006, de nombreux appareils viennent enrichir le marché des liseuses. On peut citer le Kindle d’Amazon, le PocketBook de l’entreprise du même nom, le Sony Reader, ou encore la Kobo de la Fnac. Toutes ces liseuses connaissent de nombreuses versions successives qui ajoutent à chaque fois de nouvelles fonctionnalités afin de convaincre un consommateur encore réticent à investir dans cette technologie. On assiste ainsi à l’apparition de l’encre électronique, qui fatigue moins les yeux qu’un écran rétro-éclairé, de claviers pour effectuer facilement des recherches, de connexions wifi ou 3G, de l’affichage en couleurs…

Depuis 2011 les ventes augmentent plus nettement, mais les liseuses sont maintenant en concurrence avec tous les autres appareils mobiles permettant de télécharger des fichiers et de les lire n’importe où : smartphones, tablettes, etc. Il faudra donc attendre encore quelques temps pour voir si la spécificité des liseuses résiste à l’omnipotence des derniers nés de la technologie mobile.

 

Pour en savoir plus :

Une histoire détaillée du livre numérique, par Marie Lebert : http://www.etudes-francaises.net/dossiers/ebookFR.pdf

Lien vers le Rapport 2013 sur le livre numérique dans le monde, établi par Rüdiger Wischenbart Content and Consulting (attention le téléchargement n’est gratuit que jusqu’à la fin du mois d’octobre ! ) : http://numericabooks.com/2013/10/02/global-ebook-le-rapport-2013-sur-le-livre-numerique-dans-le-monde/

 

Auteurs : Claire Lefeuvre & Félix Lecuyer

Encadrant : Didier Lime

Licence : Creative Commons - Attribution, Pas d'utilisation commerciale, Partage dans les mêmes conditions

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>