Vers une autre utilisation des données Open Data

Avec des phénomènes tels que le big data ou l’Open Data, un des enjeux de demain sera l’utilisation des données qui nous entourent. Si l’exploitation des données Open Data passe la plupart du temps par des applications mobiles, elle peut aussi passer par une visualisation graphique de ces données. Un nouveau mouvement journaliste est même  né : le data-journalisme. Devant l’abondance de données, un certain esprit de synthèse semble primordiale. Nous verrons dans ce billet différentes initiatives de visualisation de données ainsi qu’un approfondissement sur le data-journalisme.

Commençons par certainement la plus originale mais pas forcément la plus utile, le site internet We Are Data, une campagne de publicité virale pour le jeu vidéo Watch Dogs, d’Ubisoft. Le jeu se basant sur la manipulation des données nous entourant (caméra de surveillance, téléphones portables et autres appareils connectés), l’équipe Marketing du jeu a décidé d’agréger les contenus Open Data de 3 capitales (Paris, Londres et Berlin) afin de démontrer que le monde décrit dans le jeu n’est pas si irréel que cela. On découvre alors une autre facette des données, celle de l’information graphique.  Cela passe alors par une vue de nombreuses informations dans une carte interactive des villes (sous forme d’un player flash) : l’affichage des stations de vélos et du nombre de vélos disponibles (via les données libres de JCDecaux), des stations de métro avec même un positionnement de la rame en temps réel (en réalité la RATP ne donnant que les horaires de passage théorique des rames, l’application ne fait qu’une interpolation suivant l’heure actuelle), les positions des antennes téléphoniques, etc.

Le plus intéressant dans cette expérience, c’est la synthèse de multiples informations, qu’elles soient ponctuelles (stations de vélo par exemple) ou étendues (les informations économiques sur les arrondissements de Paris). On peut retrouver la liste des données utilisées par l’application web dans les mentions légales du site.

Il s’agit donc d’une belle représentation graphique des données Open Data et une démonstration de leur diversité.

Revenons maintenant sur l’ ”Open Data Transport”, dont on avait beaucoup parlé lors du précédent article. Pour mémoire, de très nombreuses applications mobiles s’appuient sur des données libres orientées transport (routier, en commun, …). Mais il existe d’autres outils permettant de consulter ces données, et ce de manière plus originales ! Certains vous paraîtront d’ailleurs futuristes, mais tout ceci est bien réel.  

Le premier, le City Dashboard, est tout simplement une page web, sous forme d’un tableau de bord. Il s’agit d’un unique écran présentant différentes données pour la ville de Londres. Ce tableau de bord a été développé par des universitaires londoniens, en s’appuyant sur de nombreuses données ouvertes, toutes en temps réel.
Parmi les données affichées, on peut citer le nombre de trains et bus en service, les perturbations dans le métro, le nombre de vélos disponibles, … mais aussi des données non inhérentes au transport, telles que la pollution de l’air, le temps et la température, le niveau de l’eau, les nouvelles journalistiques, …
La fréquence de mise à jour dépend du type de données, variant ainsi de quelques secondes (pour les photos du trafic routier ou la météo) à 30 minutes (pour les prévisions météo ou la pollution de l’air).
Sachez que tous les éléments de ce tableau de bord sont déplaçables à souhait (tout au moins sur un ordinateur, l’opération n’étant pas possible sur navigateur mobile). Les Londoniens ont ainsi toutes leurs données préférées sous la main, et ce très rapidement. Sans oublier qu’elles sont toutes temps réel. Il est par ailleurs possible d’afficher les données voulues dans n’importe quel lieu public, via un simple écran de PC.

Un deuxième moyen d’avoir accès à des données de tranport : une montre qui vous informe sur les horaires de bus ! “Muni Watch” (tirant son nom du réseau de transport de San Francisco) indique en effet les trois prochains horaires de passage pour l’arrêt de bus le plus proche.
Pour cela, elle communique en Bluetooth avec un smartphone Android, lequel fait tourner le code permettant de récupérer l’arrêt le plus proche et les horaires associés.
Petit bémol cependant, cette montre est un exemplaire unique : émanant d’un hobby personnel, Joe Hughes l’a développée pour lui et lui seul. Ce projet datant de 2009, il est d’ailleurs étonnant qu’aucune montre intelligente n’ait été mis en vente pour le grand public… Est-ce une question économique ? Ou bien un intérêt relativement limité qui n’attire pas le grand public ?

Dans un autre genre, Baptiste Gaultier travaille sur le projet “La boîte” depuis 1 an et demi, à ses heures perdues. Il s’agit en fait d’une petite boîte qui donne l’heure, la météo de demain, le nombre de minutes avant le prochain bus, le nombre d’emails non lus, les tweets, … et ce n’est que la version 0.2 !

Du point de vue fonctionnement technique, la boîte est connectée à un serveur contenant une application web, celle-ci permettant de mettre à jour les boîtes et d’y installer de nombreuses applications. Ainsi, il est possible d’interagir avec le serveur grâce à son ordinateur ou smartphone, afin de modifier les informations affichées par chaque boite connectée au serveur.
Ce projet Open-Source est en ligne sur laboite.cc. Si vous voulez faire un test ou bien aider Baptiste Gaultier, ingénieur R&D rennais, dans son projet, allez y jeter un oeil !

Face à l’émergence des données, les journalistes se sont adaptés et certains se proclament comme étant des data-journalistes. Ce mouvement, particulièrement présent en Angleterre, se trouve une caisse de résonance par le magazine The Guardian qui dispose d’une rubrique dédiée à la mouvance du data-journalism.
Un de ses journalistes, Simon Rogers, est intervenu lors d’un TEDx au Panthéon-Sorbonne en déclarant “Les data-journalistes sont les nouveaux punks”. Il argumente son discours en expliquant qu’être punk, tout monde pouvait le faire, tout comme faire le boulot de data-journaliste. En effet, il a présenté les outils que lui et ses collègues utilisaient pour leur travaux : de simples tableurs à des outils google (ex : Google Fusion Table), les outils sont à portée de main du grand public.
Traiter un tel ensemble de données requiert de prendre du recul mais permet aussi de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Simon a ainsi produit une carte des dépenses de toutes les différentes entités du gouvernement anglais. Une information utile mais pourtant bien cachée derrière une myriade de données.

Le data-journalisme, c’est donner du sens aux données.

Dans le même domaine, David McCandless, un journaliste designer, est un des pionniers dans la représentation des données façon graphique. Il a notamment écrit deux livres sur le sujet, regorgeant de pas mal de ses créations (Information is Beautiful est son dernier).
En faisant un tour sur son site, on peut s’amuser avec quelques créations graphiques interactives : on trouve, par exemple, une carte sur les plus grosses fuites de données utilisateurs.

D’un point de vue plus globale encore, on trouve déjà des sociétés de design spécialisées dans la synthèse de données massives. C’est le cas de l’agence, DatavEyes. Que cela soit par la mise en place d’un design interactif (ou non), voire de motion design (graphismes animées en vidéos), la société surfe sur le phénomène et a ainsi pu créer une carte du métro parisien “permettant d’interroger les temps de transports en métro à Paris, et de montrer l’affluence dans les stations de métro parisien.” Vraiment bien faite et qui donne envie de s’y plonger ! Allez donc y faire un tour ! D’ailleurs, en parlant de motion design, l’agence s’est faite une vidéo promotionnelle très sympa qui explique bien l’enjeu de l’exploitation des données.

Enfin, si le sujet du data-journalisme vous intéresse, nous ne pouvons que vous recommander chaudement ce blog de veille : http://jeanabbiateci.fr/blog/ où de nombreux autres exemples sont présentés (comme un sur le match des étoiles sur allocine).

Pour conclure, l’ouverture de données a fait naître de nouvelles vocations ou de nouveaux hobby. On voit ainsi apparaitre de plus en plus d’outils basés sur ces données ouvertes, développés par des particuliers qui y prennent goût. En parallèle, un nouveau métier a vu le jour : le data-journaliste, un journaliste basant ces recherches sur l’Open Data. Et face aux immenses bases de données ouvertes, ces journalistes d’un nouveau genre ont forts à faire !
Il convient d’ailleurs de se demander quelle est la qualité de toutes ces données, dont le quantité croit exponentiellement. On abordera cette question lors du prochain article, en montrant la limite des données mis à jour par les entreprises, collectivités, …

Sources (visitées le 23 janvier 2014) :

http://wearedata.watchdogs.com
City Dashboard
Muni Watch
laboite.cc
Intervention Simon Rogers (TEDx)
Site David McCandless
Agence DatavEyes
http://jeanabbiateci.fr/blog/

Licence :
Licence Creative Commons

Auteurs :
Sébastien COHENDET & Maxime TERRADE

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