Le secteur privé : l’avenir de l’Open Data ?

Open data, l’avenir ?

  • Rappel du contexte

Suite à notre précédent article de blog intitulé “Le collectif Regards Citoyens : militantisme, enjeux et pouvoirs autour de l’Open Data“, nous nous intéresserons ce mois-ci aux interactions entre le secteur privé et la mouvance Open Data.

De prime abord, une opposition idéologique semble se dessiner entre la mouvance Open Data, rattachée à la notion de bien commun, et le monde de l’entreprise rattaché au droit de propriété individuelle. Les interactions sont pourtant nombreuses et vont en se multipliant, dans un sens comme dans l’autre, à travers diverses formes.

Faut-il voir en cela un tremplin pour la mouvance Open Data ? C’est-à-dire une opportunité d’accélérer la production et la consolidation de banques de données ouvertes. Ou bien une menace ? Soumettant une philosophie d’accès à une information libre et objective à la monétisation et à une éventuelle perte de sens  ?

  • Trois manières d’intégrer l’Open Data au business model de l’entreprise

Lors d’une interview pour un de nos précédents articles (Les données ouvertes, la protection des données personnelles et la CNIL), notre interlocuteur, Benjamin Vialle, nous faisait remarquer que

les données sont offertes pour ce qu’elles sont et non utilisées dans un but particulier. Les usages des données libérées ne sont pas connus d’avance.

Il n’existe donc pas de business model ” tout tracé ” intégrant l’Open Data. Nous avons toutefois relevés quelques exemples qui nous paraissent intéressants et significatifs. Pour plus d’exemples, n’hésitez pas à consulter les articles [1] de nos camarades Sébastien COHENDET & Maxime TERRADE sur “L’Open Data en pratique”.

  1. En premier lieu, on peut citer les entreprises qui utilisent des données ouvertes, parfois d’origine publique, pour proposer des services. C’est par exemple le cas des applications nées des très médiatiques concours organisés par certaines métropoles. Ainsi la ville de New York a vu se développer, grâce au concours “New York City Big Apps” [2] organisé chaque année depuis 2009, de nouvelles applications qui “améliorent la ville” : trouver une place de parking libre, vérifier que le restaurant dans lequel vous vous apprêtez à entrer n’est pas sous le coup d’une amende pour problème sanitaire…
  2. Certaines entreprises s’illustrent dans le monde de l’Open Data non pas en proposant de nouveaux services/produits, mais en soutenant une communauté dans la production de données. C’est le cas par exemple de Bing qui fournit ses images satellites aux contributeurs OpenStreetMap  (voir notre article sur OpenStreetMap et l’enjeu particulier de la donnée géographique pour l’Open Data), ou d’Orange qui met à disposition de développeur les données agrégés et anonymisées sur ses clients ivoiriens dans le cadre du concours D4D (Data for Development) [3].
  3. Enfin certaines entreprises se “contentent” de mettre leur données librement à disposition. Parmi les exemples les les plus connus en France, on retrouve le publicitaire JCDecaux( pour l’activité « Vélo en libre-service) [4], ou la RATP [5]. Celles-ci misent sur une exploitation innovante de leurs données. Par exemple, le développement de services par de tierces parties (société civile, entreprises … ) qui seront bénéfiques pour l’entreprise d’origine.
  • Quels enjeux pour l’entreprise ?

Les entreprises l’ont compris : les données c’est l’avenir…et l’Open Data devient incontournable. On voit ainsi des cabinets de conseil proposer des formations aux entreprises pour entrer dans “le monde” de l’Open Data”. [6]

Mais quels sont les réels avantages que les entreprises peuvent tirer de l’open data ?

En premier lieu, un impact sur l’image. En effet, en ouvrant leurs données, les entreprises renforcent leur transparence, et en font un argument commercial.

Pour certaines entreprises, c’est sur la capacité d’innovation que va jouer l’Open Data. En proposant de nouveaux services inédits, les entreprises peuvent conquérir de nouveaux marchés, ou même profiter des innovations et idées de partenaires pour améliorer sa qualité de service. Ainsi, la SNCF, en partageant certaines de ses données sur le transilien, a permis à une startup spécialisée dans l’analyse et les modèles prédictifs de développer une application renseignant sur l’affluence des trains. Cette application devrait permettre à la SNCF de mieux réguler le trafic. [8]

Plus généralement, la connaissance du client peut également être favorisée par l’ouverture des données. En effet, l’Open Data, au même titre que le « big data », permet de mener des analyses prédictives et ainsi de cibler le marketing.[9]

  • Pourquoi l’Open Data est encore mal appréhendé par les entreprises ?

Ces quelques exemples donnent un aperçu de la valeur ajoutée que l’ouverture des données peut apporter aux entreprises. Pourtant, l’Open Data reste un concept flou et mal compris au sein des entreprises, et très peu intégré par les DSI.

En effet, faute de communication, les entreprises ne voient pas clairement quel avantage elles ont à investir dans l’Open Data, ces projets impliquant parfois de profonds changements dans le système d’information et nécessitant d’importants investissements.

Elles redoutent également que leurs concurrents accèdent à leurs données stratégiques ou à la présence de failles de sécurité. Enfin la qualité et la quantité des données disponibles ne permet pour le moment que peu d’usages intéressants.

Néanmoins, on comprend facilement que ces freins vont avoir tendance à s’effacer au fur et à mesure que les applications et les données disponibles vont se multiplier !

  • Quel intérêt pour la mouvance Open Data ?

Nous avons vu ce que l’Open Data peut apporter aux entreprises. Inversement, on peut se demander ce que peuvent apporter les entreprises à l’Open Data. Sans aucun doute, la participation du secteur privé permettra la diffusion de services grand public s’appuyant sur l’Open Data. En cela, les entreprises peuvent représenter un vecteur de démocratisation, en plus d’une capacité de production de données.

Les capacités de financement pérenne des entreprises peuvent apporter une stabilité et plus de visibilité aux nombreuses initiatives citoyennes autour de l’Open Data, aujourd’hui souvent limité à des subventions non renouvelables ou à des financement attribués à des projets bien spécifiques. L’intérêt des entreprises pour le secteur permet également de dessiner des débouchés professionnels pour les individus impliqués dans la mouvance : le savoir-faire et la culture liés à la donnée ouverte deviennent potentiellement rémunérateurs.

Néanmoins, certains « défenseurs du libre » redoutent une récupération malintentionnée et une dénaturation de cette mouvance, voyant une opposition entre leur logique et celle du secteur privé qui pourrait utiliser le concept comme un vecteur de communication supplémentaire. On peut alors considérer le cadre juridique, à travers les licences libres, et les collectifs citoyens comme autant de garde-fous : en définissant clairement ce qui constitue une donnée libre, on évite les “fausses ouvertures de données”. A ce sujet on peut évoquer cet article disponible sur le blog d’OpenStreetMap France : Opendata: La Poste, posture ou imposture ? On peut y lire que La Poste, qui se présente comme  “un acteur incontournable de l’Open Data”, organisait samedi 8 févirer 2014 un Datajam : un concours ouvert à tous tourné vers les usages innovants des données libérées. Mais en se penchant sur le règlement du concours, on peut y lire que :

” Ces données ne pourront être utilisées que dans le strict respect du Règlement, uniquement pendant la durée du Datajam, et afin de réaliser l’objectif du Datajam. Aucune utilisation ni exploitation, commerciale ou non, de ces données ne pourra être faite après le Datajam sans l’accord préalable de La Poste, ce que le Participant reconnaît expressément

 

Cette clause est en totale contradiction avec l’”Open Definition” proposée l’Open Knowledge Foundation (cf article précédent : “Open Data : Les données ouvertes et leurs licences, quel cadre juridique? “).

  • Conclusion : L’avenir de l’Open Data = les entreprises ?

L’Open Data en est encore à ses balbutiements, et les entreprises privées ont toujours des difficultés à l’intégrer (contrairement au “big data” qui apparait aujourd’hui incontournable pour qui veut enrichir sa connaissance du marché). Il est donc bien sûr difficile de prédire l’usage qui sera fait des données libres à l’avenir.

On peut toutefois raisonnablement penser que le développement de l’Open Data passera par une collaboration entre les 3 grands acteurs que nous avions identifié dès notre premier article : les institutions publiques, la société civile, et les entreprises privées.

Le secteur privé a donc un grand rôle à jouer, et il y a fort à parier que lorsque ses acteurs auront mieux perçu et exploité le potentiel en terme d’innovation, d’image et de connaissance du client de l’Open Data, le volume de données disponibles explosera et c’est tout l’écosystème Open Data qui en bénéficiera (utilisateurs et concepteurs de nouveaux outils, partenaires commerciaux…).

  • Auteurs:

Augustin Doury et Raphaël Traineau

  • Sources

[1] Article par nos camarades du groupe “L’Open Data en pratique

[2] Site du concours “New York City Big Apps”

[3] Site du programme “Data For Development” de Orange

[4] Site consacré à l’ouverture des données par JCDecaux

[5] Site consacré à l’ouverture des données de la RATP

[6] Formation proposée par le GFII et par un cabinet de conseil en architecture d’entreprise

[8] Article de 01net “Open data : ouvrir ses données au public, ça peut rapporter gros “

[9] Article du magazine “Analyse Prédictive” sur l’Open Data

Projet de veille technologique 2013-Le contenu des articles traitant du sujet “Open Data: l’avenir?” sera publié sous la licence WTFPL .

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