Les applications Open Data et leurs limites

Depuis le début de nos publications, nous vous avons présenté les tenants et aboutissants de l’Open Data mais nous n’avons pas vu, en pratique, les applications actuelles marquantes utilisant ces données. Cela sera chose faite dans cet article qui traitera de quelques applications originales (ou pas…) et de quelques interrogations sur la diversité de ces applications (qu’elles soient web ou applicatives).

Les données qu’on retrouvent le plus souvent en ligne et qui sont aussi les plus utilisées par les développeurs sont les données liées aux parkings d’une ville. Rien que sur la plate-forme d’applications Open Data tenue par Nantes Metropole, on trouve pas moins de 4 applications sur les parkings sur les 13 applications disponibles. Près d’un tiers donc des applications. Il faut dire que l’information est simple à mettre en ligne car déjà présentes dans les systèmes informatiques (pour les panneaux annonçant le nombre de places disponibles devant un parking). La tâche est également aisée pour le développeur qui n’a qu’un seul type d’informations à afficher. Il est malheureux que les applications actuelles ne fassent qu’afficher de la donnée brute, sans réel traitement derrière. On peut citer Parking Direct, disponible sur android, qui ne fait qu’inventorier les parkings et le nombre de places disponibles, avec lancement de Google Maps pour guider l’utilisateur au parking. Utile mais peu original. On pourrait imaginer une application qui d’un point A à un point B recoupe les informations de traffic, de transports en commun et de parking pour pousser l’utilisateur à lâcher sa voiture (concept imaginé lors d’un PEI avec Transway de l’un des deux auteurs de ce billet, il y a 2 ans, toujours au stade de concept).

A savoir qu’Orange a déployé sur Nice une flotte de capteurs pour détecter si des emplacements de stationnement sont libres ou pas, et ce afin de guider les conducteurs vers la place libre la plus proche (ou communiquer l’information aux agents de polices municipaux…). Encore en phase de test, nous ne pouvons savoir si les données seront à vocation libres…

Toutefois, si vous ne voulez pas vous servir de toutes ces applications de parking, vous avez encore la possibilité de vous garer comme bon vous semble, sur un trottoir ou un emplacement non autorisé. Vous vous exposez alors à la fourrière !
Une application smartphone étonnante a été créée à cet effet : il s’agit de Pref Police qui, comme on peut le deviner, a été développée par la préfecture de Police de Paris. Grâce à Pref Police, vous pouvez savoir instantanément dans quelle fourrière votre voiture se trouve, en renseignant simplement sa plaque d’immatriculation. Vous pouvez par ailleurs découvrir (ou re-découvrir peut-être) quels sont les documents nécessaires pour récupérer votre voiture.
Malgré l’effort de la préfecture de Police, peut-on réellement parler d’Open Data dans ce cas ? En effet, la préfecture de Police parisienne ne publie pas la liste des véhicules enlevés, contrairement à ce qui est fait à Chicago par exemple. Ces données pourraient intéresser bon nombre de citoyens : on peut imaginer une application qui informerait les utilisateurs du nombre de véhicules enlevés à un endroit précis. Si dix véhicules ont été mis en fourrière dernièrement dans la même rue, un automobiliste ne s’y risquera sûrement pas ! (Mais, quid de la manne financière pour les fourrières ?)

Parlons maintenant de l’application Tan, mise en ligne le 12 mars 2012. L’application permet en particulier d’obtenir les horaires des prochains tramways/bus à proximité, de rechercher des itinéraires et connaître l’état du trafic en temps réel (informations concernant les mouvements sociaux, les manifestations culturelles ou sportives sur les lignes, les désagréments dus aux intempéries, …). L’application se base sur trois API, ouvertes à tous les développeurs.
Au début de l’année 2012, la Tan voyait les choses en grand. Elle annonçait trois nouvelles API  disponible fin mars 2012 : la liste des arrêts, le temps d’attente aux arrêts et les horaires aux arrêts. Cette dernière API devait, soi-disant, être en temps réel pour le tramway et le busway dès le lancement (fin mars 2012), et d’ici à début 2013 pour l’ensemble des bus du réseau. La réalité est tout autre, comme on peut le lire dans le témoignage suivant. En effet, fin septembre 2012, un développeur agacé s’exprimait :

“Les données sont aujourd’hui statiques et théoriques, ce qui ne nous permet pas de garantir un service de qualité en temps réel. […] Cela ne constitue pas une ouverture de leurs données en temps réel comme cela devrait être le cas lorsque l’on parle d’Open Data”.

Aujourd’hui, la Tan affiche sur son site : « Les horaires sont disponibles en temps réel pour le Tramway et le Busway », soit 4 lignes parmi les 47 existantes. Même si les données  temps réel commencent à apparaître, un gros progrès reste donc à faire. D’autant plus que ces données existent, puisque qu’elles sont disponibles sur des panneaux d’affichage à de nombreux arrêts. On peut d’ailleurs se demander si la Tan nous cache ces informations délibérément, pour masquer les retards éventuels sur leurs lignes.

Prenons pour continuer l’exemple de l’application « ToutNantesBouge », une n-ième application pour les transports publics nantais, développée par la SSII « Gfi Informatique ». Celle-ci, comme de plus en plus d’applications, est 100% web mobile. Comprenez par-là que l’application s’ouvre sur n’importe quel navigateur mobile. Le principal avantage de cette solution réside en un développement rapide et multiplateforme, contrairement aux applications natives.
Pour en revenir à l’Open Data, cette application se base sur les API de la Tan, ainsi que sur les données ouvertes de l’ensemble du réseau de transport de la ville. On peut citer la possibilité de connaitre la disponibilité des places de parking en temps réel ou les perturbations (bouchons, travaux, …) sur un itinéraire.
Sachez que « ToutNantesBouge » est né dans le cadre d’un concours Open Data, proposé par la ville de Nantes.

En effet, pour essayer de lancer des projets innovants et surtout différents, de nombreuses métropoles ont lancé, au travers de leur portail Open Data, des concours pour les développeurs les incitant à créer de nouveaux concepts. Ce fut le cas à Nantes, en début d’année dernière où un appel à projet à été effectué. Le 1er prix a été décerné à … une application d’affichages des places libres de parkings aux alentours. Décidément !
Strasbourg a également lancé un tel concours mais avec, cette fois, une rubrique “Jamais vu” visant à créer, enfin, quelque chose de novateur. On peut retrouver les candidats sur cette page.
Même si ces concours sont une bonne chose, on croise trop souvent les mêmes concepts, désormais usés. A quand une révolution en matière de traitement des données Open Data ?

Comme nous avons pu le voir, la promesse d’une diversité d’applications nouvelles n’est pas totalement tenue. Pire encore, les applications se butent à la limite de l’actualisation des données mises en place. Ainsi, la Tan ne donnant pas de données temps réel sur l’ensemble de son réseau, les applications se trouvent bloquer, rendant leur intérêt amoindri (par intérêt ? par manque de données ?).
Mais la représentation de ces données ouvertes peut prendre d’autres formes, bien plus originales que de simples applications mobiles. C’est ce que nous traiteront dans le prochain article.

Sources (visitées le 20 décembre 2013) :

http://www.01net.com/editorial/599467/orange-investit-le-stationnement-urbain-intelligent-sur-la-voirie/

http://123opendata.com/blog/open-data-service-retrouver-voiture-fourriere/

http://www.entreprenantes.com/magazine/481-open-data-les-developpeurs-toujours-brides-par-la-tan.html/

http://www.gfi.fr/gfilabs/apps_nantes.php

Licence :
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Auteurs :
Sébastien COHENDET & Maxime TERRADE