“Google m’a tuer” : synthèse et plan du rapport final

Synthèse

Tout au long du projet, nous nous sommes efforcés de mettre en évidence comment les services gratuits ont modifié la relation entre les éditeurs d’applications et leurs utilisateurs. En effet, dans le modèle payant, un client devait payer pour obtenir un accès à un logiciel, les droits des deux parties étaient alors définies clairement et engageaient les sociétés commercialisant les applications à respecter un certains cahier des charges. Dans le modèle gratuit, la relation est différente. Si la gratuité est souvent la principal raison qui pousse les internautes à utiliser un service web, ils oublient en général que l’éditeur n’est plus responsable face à l’utilisateur. Les conditions générales d’utilisation, bien souvent oubliés, sont rarement contraignantes pour les sociétés du web.

L’utilisateur devient parfois dépendant de l’application, et le choc peut être terrible lorsque celle-ci vient à être modifiée, ou que le gestionnaire de cette dernière décide de fermer le compte de l’internaute concerné. C’est ce qui est arrivé à Thomas Monopoly : après avoir migré tous les services dont il pouvait avoir besoin (boîtes mails, agenda, album photo,…), Google a décidé de fermer son compte sans raison apparente.

Le combat de Thomas Monopoly pour récupérer son compte illustre la relation asymétrique apparaissant avec le gratuit. Ce cas, appuyé par une étude sur les différents modèles économiques des sociétés délivrant des services gratuit, nous a permis de mieux comprendre comment l’utilisateur peut reprendre le pouvoir.

Rapport final

Après avoir rédigé, non sans plaisir, ces billets réguliers pour le blog de veille technologique, nous allons maintenant nous atteler à l’écriture de notre rapport final visant à synthétiser et mettre en forme la matière accumulée au cours du projet. Celui-ci aura le déroulement suivant :

  1. Thomas Monopoly : une introduction frontale au problème.
  2. Internaute et services gratuits : une relation complexe et asymétrique.
  3. Services gratuits et entreprise : un cas d’utilisation particulier et à déconseiller.
  4. Le gratuit : un modèle économique viable ?

Vers un monde gratuit ?

Pour faire suite à notre précédent article, où nous décrivions la modification des conditions d’utilisation des services de Google, nous tenions à vous informer que le Groupe des 29 – groupe composé notamment des 27 CNIL européennes – a demandé à l’entreprise de Mountain View de repousser la date de mise en application de ses nouvelles règles. En effet, celles-ci doivent entrer en application le 1er mars prochain, ce qui n’est pas du goût des CNIL, qui demandent plus de temps pour analyser les impacts de ce changement radical. Malgré ces recommandations, Google a refusé de reporter l’application de ses nouvelles CGU.

Nous allons maintenant nous intéresser aux modèles économiques des différents services gratuits disponibles sur internet. Les éditeurs de ces applications web arrivent en effet à en tirer un bénéfice, qui leur permet de laisser ce service gratuit. Cette gratuité étant à la base de l’addiction dont souffrent certains internautes, littéralement dépendants, par exemple, de leur webmail, de leur agenda ou de leur album photo gratuits, il nous a paru important d’essayer de comprendre comment des sociétés pouvaient tirer profit du gratuit.

Le gratuit comment est ce possible ?

Sur internet la plupart des services que nous utilisons sont gratuits, du moins en apparence, au point que nous ne nous questionnons même plus sur la viabilité de ceux-ci. Pourtant rentabiliser la gratuité n’est pas quelque chose d’évident et le modèle économique mis en place par ces firmes permet de comprendre de manière plus précise le fonctionnement des services gratuits et leurs limites.

Si les modèles économiques basés sur la gratuité ne sont pas exclusifs au web, par exemple les journaux gratuits tels 20 minutes, Metro, etc…, c’est bien sûr ce média que ceux-ci se sont développés le plus. Ainsi quatre principaux modèles économiques permettent de monétiser sur le web des services en apparence gratuits :

Le premier modèle est celui des subventions croisées, qui n’est pas tout  à fait nouveau, c’est par exemple celui utilisé pour la vente des rasoirs et des lames, le rasoir est vendu à un prix inférieur à son prix de revient, et le producteur réalise sa marge sur la vente des lames. Ainsi on a un modèle de “faux gratuit” ou pour pouvoir utiliser un service gratuit on a besoin d’une ressource qui elle est payante.
Le deuxième modèle est quant à lui celui du marché tripartite le service fournit à l’utilisateur est bien gratuit mais ce qui est monétisé c’est la possibilité de fournir un espace publicitaire pour un troisième acteur. C’est par exemple le modèle de la radio qui diffuse gratuitement mais qui est financé par la publicité. Par contre là où les services Web apportent une nouveauté c’est dans la possibilité de pouvoir cibler avec plus d’acuité ces dernières grâce à la récolte et au traitement massif des informations personnelles des utilisateurs. Par exemple l’ensemble des services Google, Facebook,…
Le troisième modèle est celui du “freemium”, dans celui-ci le fournisseur offre un service de base gratuit et permet aux utilisateurs d’accéder à des fonctionnalités supplémentaires en souscrivant à un abonnement payant premium. Ainsi dans ce modèle les revenus du fournisseur du service sont assurés par une minorité des utilisateurs de celui-ci. Par exemple LinkedIn, MegaUpLoad(RIP), Flickr,…
Le quatrième et dernier modèle est celui très classique du don, les revenus sont assurés par les seuls dons. Par exemple Wikipedia,…Pour prendre un exemple concret Google utilise un mix entre le deuxième et le troisième modèle en effet il offre la possibilité de débloquer des fonctionnalités supplémentaires en s’acquittant d’un compte premium et base aussi son modèle économique sur la monétisation des informations personnelles des utilisateurs recueillies grâce aux services web et qui permettent de proposer des publicités ciblées et personnelles, ce qui intéresse grandement les annonceurs.

Ainsi Google récolte des informations tout au long de notre surf grâce à ses nombreux services gratuits qu’ils soient pour les particuliers ou les webmasters. Tout d’abord les informations personnelles de l’internaute sont récoltées en lisant et analysant les différents mails qu’il envoie ou reçoit grâce à sa boite Gmail. Ensuite Google mémorise aussi les différentes requêtes effectuées au travers de son moteur de recherche d’autant plus si l’utilisateur est connecté à son compte Google lorsqu’il les effectue. Mais la traque ne s’arrête pas là, car Google offre aussi des services gratuits pour les webmasters très répandus comme Google Analytics et qui envoient une requête HTTP aux serveurs de la firme à chaque clic sur une page. Google obtient de la sorte une masse impressionnante de données personnelles sur les internautes qu’il peut monétiser grâce à ces services de régie publicitaire que sont Google AdSense et Google AdWords.

Finalement on comprend que par un renversement de paradigme l’utilisateur du service gratuit est devenu le produit d’appel du fournisseur qui vend ses informations à prix d’or aux annonceurs publicitaires. On comprend d’autant mieux la relation asymétrique entre l’utilisateur et le fournisseur car la véritable relation client/fournisseur ne se trouve pas là où on le croit.

Conclusion

La distribution de services gratuits permet aujourd’hui à de nombreuses sociétés de prospérer : Google, Facebook, Twitter, pour ne citer que les sites les plus connus, sont utilisés quotidiennement par des millions d’internautes. Sans que cela ne soit le seul argument qui les ait faits choisir ces applications, tous ont été séduits par la gratuité d’accès. Mais combien d’entre eux se sont interrogés sur la nature réelle de leurs relations avec les éditeurs de ces sites ? L’absence de paiement instaure une relation asymétrique entre l’utilisateur et l’éditeur du service, ce dernier n’estimant pas avoir d’obligation contractuelle définissant clairement ses devoirs vis-à-vis de ses “clients”.
Combien de personnes prennent aussi le temps de lire les conditions générales d’utilisation avant d’adhérer à un service ? Celles-ci, en perpétuellement changement, définissent pourtant les droits dont disposent les éditeurs concernant les informations privées récoltées. Oublier de prendre en compte ses éléments, c’est s’exposer à un risque. Thomas Monopoly en avait fait les frais, et malheureusement il ne put s’appuyer sur la loi pour récupérer les données et les services qu’il avait perdus, et voir le préjudice subi réparé. Dans des cas similaires, seul reste la médiatisation des abus (comme dans le cas Monopoly ou dans l’affaire de la suppression des comptes dont le nom n’était pas correct), cette mauvaise publicité risquant de porter atteinte au modèle économique des éditeurs visés.

Sources :
Concernant l’affrontement entre la CNIL et Google :
http://www.zdnet.fr/actualites/confidentialite-google-a-impose-ses-nouvelles-regles-a-la-cnil-39768309.htm#xtor=123456
http://www.numerama.com/magazine/21514-vie-privee-google-interpelle-par-les-cnil-europeennes.html
http://www.01net.com/editorial/557220/confidentialite-google-reste-ferme-face-a-la-cnil/

Le modèle économique du gratuit :
http://www.cri.ensmp.fr/classement/doc/TH-Alexandre-Hayek.pdf
http://darmano.typepad.com/logic_emotion/2008/10/the-4-kinds-of.html
http://sebsauvage.net/rhaa/index.php?2011/09/28/17/14/02-le-grand-il

“Google m’a tuer” : Du changement chez Google.

Nous avions annoncé la semaine dernière que nous traiterions du modèle économique des sociétés qui propose des services “gratuit”, mais on se trouve sur un blog de veille et les nouvelles nous ont rattrapées : Google a changé sa politique de confidentialité !

Quoi de neuf sous le soleil de Mountain View ? A partir du 1er mars les règles de confidentialitées vont être unifiées pour une soixantaine de services Google dont Gmail, G+,… Ces nouvelles règles visent selon Alma Whitten, responsable des question de confidentialité chez Google, à :

“En bref, nous vous considérerons comme un utilisateur unique au travers de tous nos produits, ce qui signifiera un expérience Google plus simple et intuitive ” – Alma Whitten

Ceci signifie que dorénavant Google aura une vue globale sur vous, utilisateur de services Google, car il ira puiser des informations à partir de tous leurs services que vous utilisez. Ainsi ils pourront croiser celles-ci, qui étaient avant officiellement séparées, et en apprendre plus sur vous, et de cette façon encore plus personnaliser votre surf… enfin les publicités qui vous serons montrées.

Car en effet le but recherché par Google double d’une part simplifier sa politique de confidentialité et d’autre part offrir une plus grande personnalisation à l’utilisateur. Alma Whitten nous éclaire sur cet aspect dans son billet :

“Peut-être pourrons-nous vous dire que vous serez en retard pour un rendez-vous en prenant en compte votre localisation, votre agenda ou encore les conditions de circulation” – Alma Whitten

Cette extrême personnalisation de l’expérience sur les services Google n’est peut être pas encore pour maintenant, mais nous donne une idée du but recherché. Nous ne sommes plus très loin de cette parodie :

The Google Toilet: SuperNews!

Le problème de la légalité de ces nouvelles règles se posent bien évidemment. Google assure par la voix de Peter Fleischer que :

“Nous avons bien sûr consulté les autorités de protection de la vie privée, la FTC comme la CNIL en France” – Peter Fleischer

Et avance même :

“La simplification de nos politiques pour plus de lisibilité nous semble aller dans le sens de ce que préconisent les différentes autorités” - Peter Fleischer

Cependant la Commission Européenne va prochainement réviser la directive sur la vie privée, ce qui pourrait changer les règles du jeu pour Google en Europe et l’obliger à changer à nouveau sa politique de confidentialité.

Si ces nouvelles règles vous révulsent et que vous voulez montrer votre mécontentement, que faire ? La réponse est simple : quitter ces services Google. En effet comme expliqué dans un de nos précédents articles, le fournisseur du service peut unilatéralement changer les CGU et l’utilisateur n’a d’autre choix que de les accepter si il veut continuer à l’utiliser. Malgré tout Google a promis de faciliter la libération des données stockées sur ses services lors du départ de ceux ci.

Pour conclure vous trouverez ci dessous la vidéo de Google annonçant le changement de ses règles de confidentialités :

Google Privacy Policy Update

 

“Google m’a tuer” : Réseaux sociaux et dictature des vrais noms

Il y a de cela six mois Google lançait en grande pompe son nouveau réseau social, Google+, bien décidé à tailler des croupières à Facebook après les échecs de Google Buzz et Google Wave.

Tu utilisera ton vrai nom sinon… suppression

Moins d’un mois après l’ouverture sur invitation dudit réseau au public une vague importante de suppression de comptes se produisit. Ainsi un grand nombre de personnes se retrouvèrent du jours au lendemain privées des cercles qu’elles étaient entrain de former, des articles qu’elles avaient écrits ou de tout autre matériel qu’elles auraient pu publier sur ce réseau naissant.La raison de ces suppressions massives de compte Google + (pour les plus chanceux, car certaines personnes se sont carrément vu désactiver leur compte Google) : la dictature des vrais noms. En effet l’inscription à un réseau social, que ce soit Facebook ou le géant de Mountain View, est conditionné par l’utilisation des son vrai patronyme :

“Les utilisateurs de Facebook donnent leur vrai nom et de vraies informations les concernant, et nous vous demandons de nous aider à ce que cela ne change pas.” -CGU Facebook

“13. User Profile Name
To help fight spam and prevent fake profiles, use the name your friends, family or co-workers usually call you. For example, if your full legal name is Charles Jones Jr. but you normally use Chuck Jones or Junior Jones, either of those would be acceptable.” -CGU Google+

Lors de la suspension de votre compte un message venez vous rappeler votre faute :

“After reviewing your profile, we determined the name you provided violates our Community Standards.”

 

Des enseignements à tirer de cette affaire ?

D’abord nous ne sommes pas tous égaux face à ses suppressions, en effet comme nous l’avions mis en lumière dans nos précédents articles la médiatisation est le principal levier pour contrebalancer le rapport de force avec les firmes mettant à disposition des services gratuit. Ainsi les comptes désactivés de personnes médiatiques se sont vu rapidement remis en ligne sous la pression des internautes par exemple le bloggeur français Korben ou bien la créatrice de Adafruit Industries, Limor Fried, aka ladyada.

Ensuite on peut se demander pourquoi la suppression de comptes Google+ à fait beaucoup plus de bruit que celles de comptes Facebook alors que les deux réseaux sociaux ont d’inscrit dans leurs CGU l’obligation d’utiliser son vrai nom. La différence de retentissement des suppression vient sûrement du caractère massif de celles-ci sur G+. En effet même si Facebook à déjà supprimer des comptes à cause du non respect de l’utilisation des vrais nom, le processus de suppression est resté “artisanal” et un grand nombre de comptes avec pseudonyme reste sur le réseau. Contrairement à Google qui à “industrialisé” le processus avec vraisemblablement l’utilisation de robots et un nombre massif de suppression. Cette industrialisation a de plus entraîné de nombreux effets de bords avec la suppression de comptes de personnes utilisant leur vrai nom.

Enfin on peut se demander si l’utilisation des vrais noms est souhaitable du point de vu de l’utilisateur. En effet Google+ justifie cette obligation par la lutte contre le Spam, donc pour le bien de ce dernier. Cependant lorsque Facebook supprime le compte d’un cyberactiviste chinois,  Jing Zhao a.k.a “Michael Anti” sur la toile, on peut se poser la question du bien fonder ce cette mesure. Dans la même idée un article très intéressant de Danah Boyd, chercheuse dans le domaine des médias sociaux à la Microsoft Research New England, met en lien la dictature des vrais noms avec une posture de classe, celle aisé et blanche, et la nécessité pour les classes marginales d’utiliser des pseudonymes.

Finalement on peut se demander quel est l’intérêt pour Google ou Facebook d’imposer l’utilisation des vrais noms. La réponse est peut être à trouver dans leur modèle économique ce que nous aborderons lors de notre prochain billet.

“Google m’a tuer” : Les services gratuits dans le monde du travail

Jusqu’à maintenant nous nous sommes intéressés aux déboires de Thomas Monopoly, et à l’utilisation des services gratuits pour un usage personnel. Mais qu’en est-il de leurs utilisations dans un cadre professionnel. Quels pourraient être leurs avantages ? Leurs inconvénients ? Et surtout a-t-on le droit de les utilisés pour un tel usage ?

 

Le coût de la gratuité

Le premier aspect qui vient à l’esprit est l’avantage financier qu’une société peut tirer de ces pratiques, puisque les services en question sont à priori gratuits. Mais il ne faut pas oublier que les fournisseurs de ces services cherchent généralement à réaliser un profit. Ainsi ils revendent des informations sur leurs clients à d’autres sociétés, ce qui peut être problématique pour ces entreprises qui voit leur données répandues. De plus la publicité devient omniprésente dans bon nombre de services web. Skype utilise quant à lui les ordinateurs de ses utilisateurs pour obtenir toute la bande passante qui lui est nécessaire, et ces derniers n’ont ainsi pas de connaissances de la part du débit qui est réellement allouée pour son utilisation. L’absence de contrat définissant clairement le service proposé rend rapidement l’utilisateur esclave d’une autre entreprise (le fournisseur du service) qui peut décider de changer des fonctionnalités à tout moment. Le client risque alors de devoir payer pour obtenir les fonctionnalités supplémentaires nécessaires à son fonctionnement, ou alors changer de service gratuit.
La deuxième solution semble la plus économique, mais il ne faut pas négliger le coût d’un transfert de données. Ce coût peut même devenir exorbitant si l’entreprise a acquis une taille importante. Il est donc du devoir d’une direction de se poser la question de ces coûts de transfert avant d’opter pour un service dont les fonctionnalités et les performances ne sont pas assurées.

 

Droits d’utilisation

Bon nombre des services gratuits ne peuvent être utilisés pour un usage professionnel. Gmail par exemple précise dans ses conditions d’utilisations : « Le Service est mis à votre disposition pour un usage exclusivement personnel. ». Beaucoup de fournisseurs de services gratuits gagnent en effet de l’argent à vendant ce type d’application à des entreprises.

 

Utilisation d’adresses de messagerie gratuites et d’hébergements gratuits

Les entreprises n’utilisent généralement pas d’adresse mail gratuite, tout simplement parce qu’une adresse mail personnalisée permet d’améliorer la visibilité de l’entreprise.
Il en est de même pour les hébergements gratuits, qui imposent d’utiliser un nom de domaine prédéfini (en .wordpress ou en .free par exemple), ce qui nuit à la crédibilité et au sérieux de l’entreprise. Reste toujours la possibilité d’acheter un nom de domaine tout en gardant la partie hébergement gratuite.L’autre raison pour laquelle les entreprises évitent d’utiliser une messagerie gratuite ou un hébergement gratuit est l’absence de contrat permettant d’engager juridiquement le fournisseur du service. En effet, rien n’oblige un fournisseur de service gratuit à assurer le bon fonctionnement de ce service, et des problèmes de disponibilité, de rapidité voire de sécurité peuvent alors apparaître.

 

Gestion des données

La gestion des données est à définir clairement lors de l’utilisation d’un service externe. De nombreux services n’assurent pas un strict respect de la confidentialité, et il peut s’avérer problématique que le fournisseur ait libre accès aux données d’un utilisateur.
Les problèmes de sécurisation des données sont aussi à considérer, puisque dans le cas d’un service gratuit il n’y a aucune obligation de résultat de la part de l’éditeur de l’application internet.

 

On pourrait donc conclure par ces recommandations du Fonctionnaire de Sécurité de Défense du CNRS qui synthétise parfaitement les enjeux de l’utilisation des services gratuits pour une utilisation professionnelle :

L’utilisation  à  des  fins  professionnelles  des  nombreux  services  gratuits  disponibles  sur Internet  (messagerie  électronique,  hébergement  de  sites  web,  stockage  de  données,…) suscite de manière générale de sérieuses réserves.
En  toute  rigueur,  l’externalisation  d’un  service  n’est  concevable  que  dans  le  cadre  d’un contrat  où  juridiquement  toutes  les  implications  auront  bien  été  étudiées  et  où techniquement  toutes  les  mesures  destinées  à  assurer  la  disponibilité,  l’intégrité  et  la confidentialité  des  informations  auront  été  correctement  mises  en  œuvre.  Il  est  bien évident  que  l’on  ne  peut  attendre  de  telles  garanties  d’un  fournisseur  de  service  gratuit. Les risques sont accrus lorsque ce fournisseur est situé à l’étranger.

Sources :
https://aresu.dsi.cnrs.fr/IMG/pdf/Recommandations_sur_les_services_gratuits.pdf
http://philippe.scoffoni.net/reversibilite-ou-sortie-dun-service-de-cloud-computing-quelles-bonnes-pratiques/
http://wiki.april.org/w/Note_sur_le_cloud

“Google m’a tuer” : Comment reprendre le pouvoir

Dans notre précédent article nous présentions la mésaventure de Thomas Monopoly, victime d’une suppression de son compte par Google sans aucune justification. Cette fois ci nous allons tenter de présenter la relation asymétrique qui lie les deux protagonistes de l’affaire et comment l’un d’eux, l’homme au nom de jeux de société, a réussi à rééquilibrer le rapport de force… enfin en parti.

Veuillez cocher cette case afin de confirmer que vous avez lu et accepté l’ensemble des conditions d’utilisation

Lorsqu’un utilisateur souscrit à un service gratuit il doit en accepter les Conditions Générales d’Utilisation (ou CGU). L’acceptation de celles-ci a une valeur contractuelle. Ainsi un contrat lie les deux parties, cependant celui-ci n’est pas négociable, il est proposé par le fournisseur du service et ne peut être qu’accepté purement et simplement ou refusé par l’utilisateur. C’est donc ici que se trouve la source de l’asymétrie de la relation.

On pourrait objecter que si l’utilisateur n’est pas d’accord avec les CGU (si bien sur il les a lues…) il n’a qu’a se tourner vers la concurrence, et qu’ainsi l’asymétrie de la relation est tout à fait relative, car à défaut de pouvoir négocier le contrat, il peut choisir celui qu’il accepte. Ceci pourrait être vrai à plusieurs conditions : qu’il existe une réelle offre de services de qualité comparable et que les fournisseurs de ceux-ci propose des CGU différentes dans leur contenu.

Un autre point important de cette relation et la possibilité pour le fournisseur de changer unilatéralement les CGU. Ainsi lorsque le fournisseur de votre service Web préféré décide de changer le contrat qui vous lie à lui, vous n’avez d’autre choix que de l’accepter tacitement ou d’arrêter d’utiliser le service. Seulement cet arrêt à un coup : récupération des données ou bien perte ce celles-ci, recherche d’un service équivalent qui accepte le format d’export de vos données, impossibilité de trouver un autre service implémentant des fonctionnalités qui étaient devenues indispensables… Tout ceci ne fait que renforcer l’asymétrie de la relation.

Ainsi pour revenir à Thomas Monopoly, celui-ci avait accepté les CGU de Google, sûrement sans les lire, car sinon il aurait été victime de moins de stupéfaction lors de la fermeture de son compte. En effet elles stipulent que :

“4.4 Vous reconnaissez et acceptez que, si Google désactive l’accès à votre compte, vous pourriez ne pas avoir accès aux Services, aux coordonnées de votre compte ou aux fichiers qui y sont disponibles.”

“13.3 Google peut résilier le présent contrat à tout moment, si :
(A) vous avez violé une stipulation des Conditions (ou agi de telle sorte à démontrer à l’évidence que vous ne pouvez pas ou ne souhaitez pas respecter les stipulations des Conditions); ou
(B) la loi oblige Google à le faire (par exemple, lorsque la fourniture des Services à votre intention est ou devient illégale); ou
(C) le partenaire avec lequel Google vous a fourni les Services a mis fin à ses relations avec Google ou a cessé de vous fournir les Services; ou
(D) Google est sur le point de ne plus fournir les Services à des utilisateurs dans le pays où vous résidez ou à partir duquel vous utilisez le service; ou
(E) la fourniture des Services par Google à votre intention n’est plus, selon Google, commercialement rentable.”

Nous allons maintenant voir comment il a réussi à rééquilibrer le rapport de force avec la firme de Mountain View, celui-ci étant clairement en sa défaveur car le contrat les liant donnait raison à cette dernière.

Votre mission : récupérer vos données

Bien décidé à retrouver l’accès à ses données et aux nombreux services qu’il utilisaient, Thomas Monopoly contacta la firme de Mountain View pour obtenir réparation du préjudice. Il utilisa tout d’abord les forums d’aide. Le forum est le moyen privilégié par les fournisseurs de service gratuit sur le net, ne pouvant répondre à tout les problèmes des utilisateurs individuellement. Mais les contributeurs de ces forums sont malheureusement incapable de répondre à des questions concernant l’administration de l’application.

En parralèle Thomas Monopoly chercha par tous les moyens un employé de chez Google, mais malgré ses nombreux appels en direction de services différents il n’eu pas de réponse. C’est après avoir posté sa mésaventure sur Twitter que l’un d’eux le contacta, sans pour autant apporter de réponse tangible au problème, Google refusant de justifier la suppression du compte et de redonner accès à ses données à la victime.

Ce dernier décida alors de rédiger une lettre ouverte à Google et de la publiée sur son site internet (http://www.thomasmonopoly.com). Cette lettre, devenue célèbre, lui permit d’acquérir une nouvelle notoriété, notoriété qui risquait de porter à son tour préjudice au géant californien. Le rapport de force ayant été rééquilibré, Thomas Monopoly finit par obtenir gain de cause et récupéra son compte.

Si le cas de Thomas Monopoly connaît une fin “heureuse”, ce n’est pas forcément le cas de toutes les victimes de service gratuit sur internet. La relation asymétrique créée entre l’éditeur de l’application web et l’utilisateur oblige ce dernier à trouver un moyen de pression pour rétablir la donne. Dans le cas présent la médiatisation du contentieux a été utilisée, mais existe t-il d’autres outils ?

“Google m’a tuer” : de l’influence des entreprises qui offrent des services « gratuit » sur notre vie, numérique ou non

“Google m’a tuer” tels auraient pu être les mots de Thomas Monopoly lorsque que l’entreprise de Mountain View décida de supprimer du jour au lendemain son compte et tous les services s’y rattachant sans aucune raison apparente.

Thomas Monopoly, de son vrai nom Dylan M., fervent admirateur de Google, avait souscrit a à peu près tout les services de la marque : Google Mail, Google Reader, Google Voice, Google Bookmarks, Google Docs, Picasa,… Un pan de sept ans de sa vie numérique se trouvait stocké sur les serveurs de la firme. Le 11 juillet 2011 son compte et la totalité des services y étant rattachés se retrouvèrent bloqués avec pour seule explication un message automatique indiquant une “violation” des Conditions Générales d’Utilisation. Thomas Monopoly engagea alors une lutte pour récupérer ses données qu’il médiatisa au travers d’un échange de lettres ouvertes entre lui et Google. Face à l’ampleur prise par cette suppression de compte, Google finit par restituer les données suprimées.

Cette affaire nous amène donc à nous poser la question de l’influence qu’ont prise ces entreprises qui offrent des services “gratuit” sur notre vie, qu’elle soit numérique ou non. En effet au cours de ces dernières années nous avons délégué un grand nombre de nos activités sur le Web à ce type de services. Facebook, Live Mail, Google Reader, Dropbox nous sont maintenant familier, et leur importance dans notre vie n’a fait elle aussi qu’augmenter.

Ces applications étant délivrées gratuitement, il convient de s’interroger sur les droits dont disposent les utilisateurs, et d’analyser ensuite les raisons de cet engouement. Les internautes font en effet de plus en plus confiance à ces produits, enregistrant dessus leurs fichiers, leurs photos et leurs articles préférés, gérant leur planning, et utilisant des dizaines d’applications différentes pour leurs communications professionnelles et personnelles. Il se crée alors une véritable dépendance.

Nous traiterons donc ces problèmatiques en commençant par étudier les liens contractuels qui lient les éditeurs d’applications aux utilisateurs de ces services, puis nous intéresserons à la dépendance des internautes et aux raisons de la prise de risque que constitue l’engagement dans cette relation asymétrique. Enfin il nous semble important d’étudier comment se protéger contre ces risques et de comprendre le modèle économique des sociétés proposant ces services.

Licence Creative CommonsGoogle m’a tuer : de l’influence des entreprises qui offrent des services “gratuit” sur notre vie numérique ou non de http://veille-techno.blogs.ec-nantes.fr/ est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage à l’Identique 3.0 non transcrit.

Pour de plus amples informations sur l’affaire Thomas Monopoly :
http://www.framablog.org/index.php/post/2011/08/16/google-m-a-tuer
http://thomasmonopoly.blogspot.com/2011_07_01_archive.html