Suite et fin du paradigme ?

Petit résumé des épisodes précédents

Au fil de nos réflexions tout au long de cette veille technologique, nous avons pu étudier le paradigme d’Eric Von Hippel conceptualisant une approche de l’évolution de l’innovation que notre société voit émerger ; celle de l’innovation par les utilisateurs. Ces utilisateurs deviennent ainsi des « Lead Users » a contrario de l’innovation par les producteurs où ces utilisateurs sont seulement consommateurs passifs du processus d’innovation. Cette approche de l’innovation présente de nombreux avantages. L’utilisateur exprime sa créativité le plus simplement, créativité qui naît de son besoin et de ses envies.

Nous avons pris le parti d’étudier ce paradigme au travers d’exemples dans le domaine des TIC, Technologies de l’Innovation et de la Communication (Ce qui est fort pratique étant donné que ce projet est justement une veille technologique). Mais pas seulement. En effet, les TIC permettent de favoriser le travail collaboratif nécessaire aux communautés d’utilisateurs ces véritables sources d’innovation. Elles permettent à ces utilisateurs de devenir des acteurs participatifs grâce aux modes de fonctionnement des TIC propres à influencer les comportements de communication et d’échanges.

Cependant, nous avons également vu que le pouvoir des utilisateurs n’est pas sans limites. De par son manque d’expérience ou bien de vision globale, de nombreux projets ou idées peuvent très bien ne jamais voir le jour ou être viables pour le joyeux « monde de la consommation. » C’est là que l’entreprise entre en scène. Elle devient le maillon nécessaire au processus de l’innovation par les utilisateurs qui devient l’innovation AVEC les utilisateurs. L’entreprise devra alors construire des liens avec les communautés d’utilisateurs ou bien elle-même créer ces communautés. Et son rôle ne s’arrête pas là. Elle devra également maintenir ces communautés au risque de ne pas réussir à pérenniser cette innovation. De nombreuses menaces, telles que l’oubli, l’absence de maintenance et d’ergonomie, peuvent la fragiliser. Pourtant, même si elle protège l’innovation et les communautés d’utilisateurs, cette « entreprisation » de la communauté pose de nouvelles cartes sur le tapis et notre jeu peut s’en trouver faussé. Même si elle présente de nombreux avantages, elle apporte également le jeu de la concurrence loyale ou non et celui de l’oubli de l’usage même derrière le profit à tout prix.

Petit intermède

Dans nos recherches, nous nous sommes retrouvées nez à nez avec la page Wikipedia sur l’innovation http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation que nous vous invitons à au moins survoler. Référence basique penserez-vous mais vous comprendrez ainsi pourquoi cela nous titille l’esprit de voir ces créations qui font parties de notre quotidien ou du moins qui nous sont connues. D’où proviennent-elles? Maintenant que nous arrivons au terme de cette étude sur le paradigme de Von Hippel de l’innovation par les utilisateurs en l’appliquant aux TIC, nous ne pouvons nous empêcher de penser que l’utilisateur a été inclus dans la boucle de l’innovation de ces produits tellement ils nous sont utiles à présent et sont révélateurs d’un besoin explicite ou implicite.

Eventuelles solutions et perspectives d’approfondissement
Mais alors, quelles sont les perspectives de l’innovation par les utilisateurs et que penser du paradigme de Von Hippel ? Car les réalités économiques et humaines ne peuvent être négligées : elles menacent la pérennité de cette innovation ou du moins la limitent. Pourtant ce mode d’innovation va très bien avec notre temps où le nouveau « avoir » est synonyme de « partager ». Pour booster cette créativité, nous devons peut-être concilier toutes ces réalités. Comment ?

  • En réalisant que l’économie peut être frileuse et concurrentielle (même si ces notions sont paradoxales) ;
  • En créant des facteurs de motivation à l’innovation ;
  • En remettant en question le paradigme d’Eric Von Hippel enfin.

Car oui, il semble que même si ce paradigme reste pertinent, on pourrait bien voir l’émergence d’un autre paradigme prenant en compte toutes ces réalités. Ce paradigme, nous en avons présenté une idée à la fin de notre dernier article : celui d’un paradigme non pas idéalisé, mais réaliste. Il ne serait non plus une idée rêvée du partage entre utilisateurs, mais un médiateur entre les pragmatiques et les idéalistes. Il serait le médiateur entre réalité économique et idéalisme du partage, et serait créé, tout simplement, en définissant le périmètre d’action avant l’action, plutôt que l’inverse. Et dans cette nouvelle vision disparaîtra peu à peu le concept de l’utilisateur développé par Von Hippel. Car non, il n’est plus seul : nous devrions parler à présent, comme nous l’avons fait dans l’ensemble de nos articles, de communauté et non d’utilisateur isolé. Nous assistons donc à la naissance d’un autre paradigme, à l’image de celui présenté par Von Hippel, à quelques nuances près et qui sait, il sera peut-être la base d’un futur nouveau modèle économique nécessaire…

Cher lecteur, vous pourrez trouver l’analyse de notre réflexion dans notre rapport final disponible sur ce lien : pvete12_rapport_innov2012
Notre rapport traitera les points suivants :

I. Présentation du paradigme de Von Hippel
I.a) Explication du paradigme
I.b) Application du paradigme dans les TIC
I.c) Les bienfaits du paradigme dans les TIC
II. Les acteurs du paradigme
II.a) Le rôle des communautés d’utilisateurs
II.b) La nécessité des entreprises, actrices de l’ombre
III. Remise en cause du paradigme
III.a) Les dérives de l’innovation par les utilisateurs
III.b) Les limites réalistes du paradigme
III.c) Vers un paradigme nouveau et nuancé ?

Voila, vous pouvez maintenant éteindre votre télévision et reprendre une activité normale. Allez, a ciao bonsoir !

Amandine & Nora

Cette veille technologique a été effectuée dans le cadre d’un  projet de l’école Centrale de Nantes de l’option Informatique et a été encadrée par Monsieur Morgan Magnin et Monsieur Vincent Tourre, professeurs chercheurs de l’école.
Cette veille a été rédigée par Nora El Koursi et Amandine Lavergne.

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Perspectives du paradigme de Von Hippel dans la réalité

N’avez-vous jamais eu ce sentiment, quand vous lisiez enfant un conte de fée rempli de belles images avec des myriades de personnages engagés dans des histoires toujours plus originales aux fins heureuses, ce sentiment où vous vous demandiez : est-ce possible? Pourrais-je un jour vivre ces aventures aux confins de mon monde, vaincre le féroce dragon sur mon fier destrier et sauver le prince (ou la princesse, selon les rêves de chacun)? Ou même, est-ce qu’après toutes ces péripéties, quelle sera ma vie :  La méchante sorcière est-elle vraiment celle que l’on croit ou bien nous a-t-elle concocté une vengeance même après sa mort? Le prince va-t-il me tromper avec mon père voyant nos horribles bambins?

Cendrillon et son prince, version de Walt Disney

C’est un peu ce sentiment qui nous submerge quand nous étudions l’innovation par les utilisateurs en partenariat avec les entreprises et que nous cherchons à voir jusqu’où celle-ci mène une fois qu’elle est mise en place et le produit de cette innovation crée mis sur le marché. Notre dernier article nous a laissé un peu pantoises/déconcertées car Eric Von Hippel en présentant son paradigme aurait oublié un élément fondamental notamment en terme de perspective d’évolution. Car oui, vous l’aurez compris, pérenniser l’innovation ne peut se faire si on se croit dans le monde des bisounours ou dans un conte de fée, il y a une réalité économique et humaine par laquelle on ne peut couper : la malveillance et la concurrence interne ou externe entre autres, mettant ainsi en cause la fiabilité de la communauté, sont des dangers hautement potentiels qui menacent l’innovation. Revenons donc au monde réel.

Perspectives de survie de l’innovation par les utilisateurs dans les TIC

Comme nous l’avons vu dans nos précédents articles, l’utilisateur est en principe facilement intégré dans les processus d’innovation  à partir du moment où ces processus sont ouverts à tout apport. Cependant, un méchant malin se terre dans le fond du décor : la nature humaine. On ne peut pas l’oublier, l’être humain est bon certes mais l’être humain a aussi ses appétits qui le poursuivent depuis les temps ancestraux de la guerre du feu où il devait se battre pour survivre aux conditions dans lesquelles il vivait. Ainsi, on retrouve par exemple ces appétits dans la trahison si bien décrite dans l’histoire de Caïn tuant Abel mais également dans le processus d’innovation, nourrissant ainsi une concurrence exacerbée.

Utilisateurs indispensables pourtant à l’innovation

Pourtant, si l’innovation ne constitue pas une fin en soi, elle apparaît comme l’une des mesures centrales susceptibles d’améliorer les politiques de l’offre en ces temps de croissance difficiles et comme comme un moteur du développement de la société actuelle. On ne peut donc la réduire à de la recherche et développement car cela ne suffit plus. Il faut réellement adapter la création aux utilisateurs. Les communautés d’innovation ouvertes, véritables groupes de réflexion virtuelle, permettent d’accélérer l’innovation avec le concours des utilisateurs finaux. C’est réellement un enjeu majeur pour les entreprises car leur compétitivité dépend de leur capacité à lancer des produits innovants. Les communautés d’utilisateurs permettent une meilleure compréhension des besoins et des souhaits des consommateurs en cernant mieux les tendances via cette source de créativité en connexion. Prenons l’exemple d’Unix, cet OS qui est constamment amélioré par beaucoup de contributeurs qui lui donnent ainsi de nouvelles perspectives d’usage et augmentent de ce fait la fréquence d’utilisation et d’installation.

Symbole d'Unix

Bref, nous ne nous épancherons pas dessus, car nous l’avons suffisamment fait au cours de nos derniers articles. Vous avez compris l’idée et donc vous comprenez bien qu’il serait dommage que les entreprises se fassent “coiffer au poteau” par d’autres entreprises ou bien que l’innovation de ces utilisateurs ne voient jamais la lumière du jour.

Nous devons ainsi nous sauver et monter dans l’arche de Noé pour pouvoir poursuivre cette innovation, les utilisateurs et les entreprises, ensembles.

 

ATTENTION HUMAIN MECHANT !

Il n’existe jamais de solutions miracle mais peut-être des pistes d’amélioration qui avec un peu de chances permettront de protéger l’innovation de cette nature humaine chancelante. Il est nécessaire de bâtir une réputation et d’inciter les utilisateurs finaux à participer à l’innovation. Il faut créer des facteurs de motivations différents de ceux qui pourraient être cause de soucis. On pourrait peut-être éviter le besoin d’exclusion de la communauté pour exploiter personnellement et pour son propre profit le fruit de cette communauté. Le plaisir. Le plaisir de découvrir et d’explorer des idées créatives et utiles est peut être le meilleur moyen ou la meilleure fin car c’est par celui ci qu’un sentiment de fierté et de motivation se créera donnant ainsi l’occasion d’innover pour la communauté et non pour soi.

 

Philosophie de l’argent

Couverture de "Philosophie de l'argent" de Georg Simmel

Ce cher Georg Simmel aurait hésité pour le choix du titre de son livre entre “Philosophie de l’argent” et “Psychologie de l’argent”. C’est “Philosophie” qui est resté, pourtant, lorsqu’il s’agit d’investir dans l’innovation -notamment celle menée par les utilisateurs- nous entrons dans le domaine de la psychologie : comment gagner la confiance de celui qui sacrifiera l’un de ses biens, lorsque l’on ne dispose que d’une idée immatérielle ? Comment une communauté d’utilisateurs peut-elle démontrer sa fiabilité, sa solvabilité ? Face à la difficulté de ces questions, un risque se présente : comment financer alors le plus innovant des projets, s’il se heurte à une économie frileuse ?

 

Emergence d’un autre paradigme?

Finalement, la paradigme de Von Hippel, bien qu’il présente des limites, reste tout à fait pertinent. Un élèment lui manque cependant : c’est ce petit quelque chose qui permettra de conjuguer les aspirations créatives des utilisateurs, les intérêts des entreprises, et toutes les contraintes économiques et sociales de notre temps, et des temps à venir. Peut-être une nouvelle entité, qui servira de médiateur ? Ou simplement une nouvelle façon de penser, que l’actualité économique mondiale encouragera peut-être…

L’idée serait de revenir à notre idée de “cadre” que nous avons régulièrement évoqué dans nos précédents articles, car elle est peut-être la solution au problème. Il faudrait dès lors que l’analyse et la connaissance de la réalité economique et sociale des entreprises définissent d’abord un périmètre de réflexion, dans lequel par la suite les innovateurs pourraient évoluer et créer comme bon leur semble… Tant qu’ils restent dans les limites du cadre. De cette façon, nous prendrions le paradigme dans l’autre sens, mais qui sait ? C’est peut-être celui-là dont nous avons besoin.

Amandine & Nora

 

Ressources bibliographiques principales :

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Innovation dans la durée

Chers lecteurs, depuis notre dernier article vous connaissez un nouvel acteur de l’innovation spontanée des utilisateurs : les entreprises. A présent que le décor est posé, que les acteurs sont préparés et connaissent leur texte, que la règle des trois unités est respectée, parlons un peu du déroulement de la pièce, cette action dramatique intrigante relancée par des tensions jusqu’à l’acte final, son aboutissement et dénouement : comment cela finira-t-il ?

Une scène de théâtre

Comment les entreprises et les utilisateurs peuvent-ils pérénniser l’innovation ?

La question se pose en effet : nous avons des utilisateurs innovateurs, des entreprises tout aussi puissantes, et cette grande force mouvante qu’est l’imagination collective. Comme nous l’avions souligné dans l’un de nos précédents articles, nous ne pouvons envisager une recherche et du développement spontanés sans un minimum d’organisation et de structure. De nombreux dangers se posent sans ce mal nécessaire, dont un, que nous allons souligner plus en détail dans cet article. Maintenant, nous en connaissons davantage, et nous pouvons mieux analyser l’impact de chacun dans cette problématique. Cet écueil, c’est la pérennité de la communauté et de l’innovation. Car à quoi sert de réunir les grands esprits d’aujourd’hui si leur fusion intellectuelle ne dure pas ? A quoi sert de développer un logiciel révolutionnaire si par la suite aucun suivi ni aucune mise à jour ne sont observés ? C’est là que nous risquerions d’attendre les limites du paradigme de Von Hippel, si nous ne disposions pas de nos amies les entreprises… Puisque, si les utilisateurs sont les innovateurs de demain, les entreprises en sont les mécènes bienveillants (et intéressés).

Les dangers de la liberté totale
Pour étudier cette problématique, nous allons d’abord vous énoncer en quoi elle est problématique justement. Plusieurs dangers peuvent se profiler à l’horizon lors d’une progression en collaboration. Tout d’abord, n’oubliez pas que dans le monde des TICs, tout va vite, très vite. Imaginez-vous utilisateur innovateur, et lancez votre idée dans les méandres d’internet. Si vous ne parvenez pas à construire une unité de groupe autour de votre création, celle-ci tombera certainement dans l’oubli au profit de meilleurs produits. En outre, si aucun travail régulier et pertinent n’est effectué sur votre bébé, il sera très vite dépassé et obsolète. Encore une fois, c’est l’oubli qui le menace, et encore une fois, c’est grâce à la naissance d’une communauté éclairée autour de vous et de votre innovation que cette dernière va perdurer. C’est la diversité et la connaissance de votre communauté qui lui permettront d’être “toujours dans le coup”. Et il vous faudra aussi un esprit suffisamment libre et flexible pour savoir prendre du recul quand ce sera nécessaire, afin de savoir parfois lâcher la bride et laisser votre entourage guider votre création, pour son bien et non le vôtre.

Ces écueils sont bien réels, et doivent être pris en compte. Trop de projets s’effondrent sans cette aide extérieure et cette humilité du créateur. Un autre danger à éviter est de négliger l’importance d’une organisation rigoureuse, surtout dans des projets informatiques où les techniques de communication sont très variées. Les mouvement browniens n’existent pas que dans la physique, même si ce cher Jean Perrin a réussi à en ressortir des constantes fondamentales, la dispersion de la matière peut s’appliquer à l’innovation. Il est facile de se disperser, de perdre le contrôle, pour enfin malheureusement disparaître.

Mouvement brownien d'une particule

C’est à ce moment que les entreprises surgissent, comme un chevalier noir qui a vécu suffisamment longtemps pour endosser la peau du méchant. Nous allons vous montrer comme cette collaboration peut être fructueuse…

Extrait du film "The Dark Knight rises" de Christopher Nolan

Les entreprises ont certes besoin de l’innovation de l’utilisateur, comme nous l’avons expliqué dans notre précédent article, mais la réciproque est vraie.

En quoi les utilisateurs peuvent se reposer sur les entreprises
Nous avions déjà évoqué ce point précédemment, et nous allons vraiment entrer dans les détails maintenant. Certaines entreprises mettent aujourd’hui un point d’honneur à se rapprocher des communautés du libre, et à exploiter leur travail. Open Office est, pour certaines d’entre elles, une référence -davantage que la suite Office-. Grâce au libre, le suivi est assuré pour les entreprises, et quelques avantages peuvent se révéler. Citons par exemple le groupe industriel français Areva, qui a créé tout une communauté autour du CPS (Collaborative Portal System), un système permettant de gérer électroniquement de la documentation. Cette communauté rassemble plusieurs DSI de grands groupes et  des utilisateurs. Grâce à une mise en avant de l’importance de  l’ergonomie d’utilisation de la communauté, cette communauté permet à Areva de maintenir cette utilisation et donc de maintenir l’utilisation de son système en en optimisant les déploiements et en en garantissant la pérennité.

Logo d'Open Office

Par ailleurs, si la maintenance est souvent négligée et un maillon faible des projets du libre, elle n’en est pas moins capitale pour la survie de la communauté. En effet, pour qu’il soit une réussite, durant toutes ses évolutions, un projet a besoin d’un accompagnement constant s’il ne veut pas de résistance au changement. Comment faire? La meilleure alternative pourrait être de salarier des spécialistes de maintenance pour qu’il deviennent de véritables soutiens à cette communautés libres et la structurent. Mais où trouver les fonds? Pour une communauté basée sur le bénévolat, cela peut sembler impossible. Pourtant, il peut être si simple aux communautés d’utilisateurs de se faire soutenir par les entreprises. Une solution pourrait bien être des responsables techniques d’autres entreprises qui pourraient relever le défi valorisant, sans en être payé aucunement, car il se forment eux-mêmes à la technologie. Notons que cela concourt également à renforcer l’image de l’entreprise et à améliorer les CV des informaticiens ! L’autre aide pourrait tout simplement être financière. Nous pensons bien-sûr ici au consortium Scilab financé par des fleurons de l’industrie tels que Dassault, PSA, Renault, EADS ou encore Thalès. En contrepartie, l’équipe de développeurs effectue cette fameuse maintenance.

Logo de Scilab

“Entreprisation” de la communauté

Mais parfois, les communautés désirent garder leur indépendance. Comment assurer son maintien lorsque le soutien des entreprises n’est pas envisageable ? En en devenant une à moindre mesure !
C’est là l’objectif d’ObjectWeb, une communauté désireuse d’assurer la pérennité des logiciels libres et du développement associé. Leur crédo est de soutenir les projets en les sélectionnant par dossiers. Les dossiers doivent justement prouver que le projet et ses acteurs sont prêts à garantir de la cohérence et de la pérennité de leur réalisation. Ils doivent répondre pour cela à diverses problématiques, notamment l’existence d’une feuille de route cohérente, du soutien d’autres projets, et l’analyse des perspectives du marché pour leur produit.

Logo d'ObjectWeb

Comme toutes entreprises, une stratégie, ou “politique de communauté” est définie dans certaines communautés. Quand certaines visent à toucher le maximum d’utilisateurs avec leur produit, d’autres ont des idées bien arrêtées pour conserver leur indépendance vis-à-vis des contraintes économiques environnantes. C’est le cas d’IdealX, une société de service en logiciels libres. Leur principe ? Laisser la primeur des développements aux premiers intéressés : les développeurs eux-mêmes. Et la recette fonctionne ! Quatre ans après sa création en 2002, le “club” compte plus de cinquante clients, parmi lesquels Areva, Michelin, ou Castorama. Les clients sont des contributeurs payant une dizaine de milliers d’euros par an, et peuvent en contrepartie participer à la définition de la feuille de route et partager les coûts de développement, et télécharger librement les logiciels. Ces derniers ne seront laissés en libre qu’avec leur accord préalable.

Pas de légende

Vers un oubli de l’usage par rapport à l’outil même ?
Quel peut être le risque lorsque de l’argent entre en jeu ? Voyons voir… Clairement vous voyez tous le problème plus que potentiel : que la communauté devienne une communauté nourrie uniquement par l’intérêt. Ces communautés d’intérêts seraient très élitistes et pas réellement ouverte aux “noobs” de la technologie en question. Ou encore, il se pourrait que les différentes entreprises d’un même secteur étant parties prenantes de cette communauté se voient menacées par leurs concurrents. Il pourrait y avoir encore de la rétention d’information ce qui n’est pas bon ni pour la pérennité de la communauté et encore moins pour la technologie. En effet, ce n’est pas à la communauté qu’il faut formaliser une valeur mais bien à son usage.

Les risques des communautés trop libres
Nous sommes depuis longtemps en total accord avec le paradigme de Von Hippel (rappelez-vous, notre problématique initiale et notre premier article), bien que nous y ayons apporté des nuances. Nous allons toutefois en dénoncer quelques limites, en nous basant sur les risques et abus inhérents à une communauté d’utilisateurs.

Vous rappelez-vous du concours lancé par Hasbro sur leur jeu phare, le Monopoly ? Il s’agissait de laisser aux internautes le choix de la ville destinée à remplacer la célèbre rue de la Paix (vous la connaissez, elle aussi, et elle aime toujours autant vous faire souffrir…). A présent, nous allons vous présenter un ami :

Cet homme est un internaute français, et cet homme a proposé à ses camarades internautes de voter pour la ville de… Montcuq, rendue célèbre par le sketch non moins légendaire de Prévost (pour mémoire : http://www.youtube.com/watch?v=qi7a-Mw-qlo). Devinez qui a gagné (et de trèèèèès loin) le concours ? Hasbro a décidé, pour conserver son image de marque, de faire abstraction de ce résultat. Ce choix a fait scandale auprès de la communauté d’internautes, et a finalement fait une publicité négative à l’entreprise…

Une autre malveillance pouvant provenir des utilisateurs, plus insidieuse (et moins drôle), est de profiter de la taille et de l’influence gagnée par une communauté donnée – grâce par exemple au rayonnement offert par une entreprise collaboratrice. En profiter comment me dites-vous ? La réponse est simple : en exploitant le contenu laissé par l’entreprise pour diffuser du contenu négatif (sur elle ou autre, qu’importe : l’impact sera le même).

Enfin, nous allons évoquer un problème qui, nous en sommes certaines, vous a traversé un jour l’esprit : la fuite d’informations auprès de la concurrence. Certaines communautés sont nombreuses, et les contrôler à ce niveau est complexe, voire impossible. S’ajoute à cela la nature des données échangées par ces contributeurs : nous parlons ici d’innovation, question très sensible et inestimable pour les concurrents des entreprises. C’est une limite intéressante du paradigme de Von Hippel tel qu’il évolue à l’heure actuellle. On peut en effet se poser légitimement la question de la fiabilité de la communauté d’utilisateurs innovants, et de la possibilité de gérer les développements en interne.

Finalement, le paradigme de Von Hippel qui nous a guidé jusqu’ici ignore certainement une réalité économique et humaine – bien que décevante-.

Amandine & Nora

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Innovation x Utilisateur x Entreprise

Le troisième acteur

L'Homme-Mystère, photographie de l'acteur Jim Carrey dans le film "Batman Forever"

Dans nos précédents articles, nous avions évoqué la puissance étourdissante de l’utilisateur innovant, avant d’en souligner les limites et dérives possibles. L’utilisateur créatif est en effet le personnage principal de notre aventure : il porte en lui les péripéties, la réflexion, et l’avancée de l’histoire. Il doit faire face à de nombreux éléments perturbateurs, et rencontre sur sa route quantité de personnage plus ou moins influents. L’objectif est de ne pas finir comme ce pauvre Lorenzaccio, plein de rêves utopiques qui mèneront à sa perte.

Pour cela, il faut garder à l’esprit l’existence d’une entité que nous n’avons pas encore prise en compte : l’entreprise. Pour bien saisir les enjeux de notre réflexion, il va nous falloir passer du point de vue “innovation par l’utilisateur” au point de vue “innovation avec l’utilisateur”.

En effet, l’entreprise ne peut plus ignorer le rôle croissant des utilisateurs dans la conception et diffusion d’innovation. Ces derniers agissent d’ailleurs souvent en dehors du cadre professionnel, et utilisent les technologies de l’information pour se regrouper en communautés et exister. Face à une exigence de plus en plus élevée de la part de leurs client, les entreprises se doivent de constamment innover tout en restant à l’écoute des besoins naissants. Alors quoi de mieux que de se pencher sur la nouvelle mine d’or des idées : les communautés d’utilisateurs/créateurs ? Autant pour exploiter leurs idées que pour surveiller la naissance d’une éventuelle concurrence, les entreprises se penchent de plus en plus sur le sujet.

Mutation de l’entreprise nécessaire?

Les Métamorphoses d'Ovide

Von Hippel, dont nous avions évoqué les travaux dans nos premiers articles, a défini la notion de lead users. Les lead users sont à l’origine d’innovations qui se généralisent par la suite sur le marché, soit par la création d’entreprise la diffusion via des réseaux sociaux et des communautés, ou la reprise de l’innovation par une entreprise. Von Hippel a donc, à partir de cette définition, mis au point des méthodes permettant de les identifier et de les inclure dans le processus d’innovation des entreprises, au moment de la génération d’idées et de concepts. De cette manière, une entreprise ne sort pas de son périmètre habituel et de ses processus bien rodés tout en continuant à innover.

Il faut toutefois noter une exception à cette règle : les entreprises qui intègrent l’open source dans leur processus d’innovation. Dlahander, dans son article “How open is innovation”, explique que les entreprises se doivent de s’adapter à l’innovation quand il s’agit d’open source. Dans ce cas, les entreprises doivent adopter une nouvelle stratégie : soit s’accrocher à une communauté d’utilisateurs pré existante, soit en créer une de toute pièce autour de son produit ou des ses services. C’est une plus-value extraordinaire pour elles. Non seulement, elles disposent alors de nouveaux travailleurs volontaires en dehors de son périmètre, mais en plus elles peuvent par la suite s’approprier les innovations issues de la communauté. En outre, le développement se fait indépendamment de l’entreprise : c’est à la fois un avantage (pas de suivi nécessaire) et un inconvénient (pas de véritable contrôle). En effet, l’innovation risque de ne pas correspondre à la stratégie globale de l’entreprise, ignorée des communautés de lead users. Il faut donc s’interroger sur les moyens dont dispose une entreprise pour construire des liens avec des communautés d’utilisateurs.

L'Open Innovation vue par le professeur Henry Chesbrough (Berkeley)

Construire des liens avec une communauté pour innover 

L’entreprise doit garder à l’esprit qu’il faut maintenir des frontières communes avec les communautés d’utilisateurs  sans pour autant tomber dans l’ingérence excessive. Les activités liées à l’innovation de l’entreprise gagnent donc un nouvel aspect : celui de la communication avec les communautés d’utilisateurs et le réseau qui est utilisé dans ce but. L’enjeu est important : il va falloir réussir à mener l’innovation de l’idée au marché à travers un processus complexe : les acteurs y sont multiples, souvent indépendants, et la technologie doit pouvoir épouser le marché. Malheureusement, de nombreuses idées n’aboutissent donc pas et de multiples inventions ne trouvent pas leur marché.

>> Identifier les lead users

Nous allons donc nous intéresser à la première phase de la création du lien entreprise/utilisateur : les méthodes pour identifier les lead users. Celles-ci sont au nombre de  trois, et nous allons vous les expliquer :

  • le depistage, ou screening method

Cette méthode consiste à identifier les lead user dans une communauté en en cherchant les caractéristiques dans plusieurs milieux : dans une population donnée, sur des sites spécialisés, ou des communautés dédiées.

  • la recherche pyramidale, ou pyramiding method

On pourrait surnommer cette méthode la méthode de l’entonnoir.  L’entreprise va se baser sur ses propres experts dans un domaine donné (qui n’est pas forcément celui de l’entreprise) pour accéder à d’autres experts plus pointus, et de fil en aiguille, remonter jusqu’aux lead users.

  • l’autosélection

Cette méthode consiste à directement tester les lead users , pour qu’ils s’identifient par eux-mêmes. Ils peuvent ensuite être invités à participer à des workshops avec les concepteurs de la société. Suite à cette nouvelle épreuve, les lead users sont ensuite évalués sur leur adéquation avec la stratégie de l’entreprise, puis sélectionnés.

>> Et toujours penser aux réseaux sociaux…

Nous n’allons pas vous rappeler l’importance des réseaux sociaux. L’idée est ici de souligner comment les entreprises exploitent de plus en plus ce nouveau noyau de communication et de compétences. Le meilleur moyen de saisir toutes les possibilités des entreprises en la matière est de s’intéresser aux types de communautés dédiées qu’elles peuvent cibler. Il en existe trois types majeurs, que nous allons développer avec vous :

  • Réseau social d’entreprise

Certain vont jusqu’à parler d’entreprise 2.0. Il s’agit d’exploiter le réseau social (à tout hasard, Twitter ou Facebook) pour publier des billets à l’intention des clients et/ou collaborateurs. Cela permet notamment de centraliser la communication de l’entreprise sur internet, et d’obtenir les réactions à chaud des clients.

  • Communauté de marque

Il s‘agit vraiment là de créer une communauté de passionés, clients, bénévoles ou fans, autour d’une association ou d’une personnalité. L’idée est d’échanger des vidéos, des nouveautés, recruter des participants pour un événement… N’est ce pas le meilleur moyen d’impliquer au mieux les utilisateurs ?

  • Support, crowdsourcing

Comme son nom l’indique, il s’agit d’une communauté chargée de répondre aux questions des utilisateurs, les aider à résoudre les éventuels problèmes qu’ils pourraient rencontrer, recueillir les idées des lead users. Citons par exemple l’Idea Storm de Dell, source inépuisable d’idées pour le fabricant pour améliorer ses produits.

Effets d’influence

Un autre point important à garder à l’esprit est d’éviter la fuite des cerveaux. Non, il ne s’agit pas de l’exil des innovateurs vers l’étranger, mais de leur disparition dans les méandres d’internet. Imaginez, vous êtes un développeur amateur, et un admirateur incontesté de Linux. Vous vous décidez un beau jour d’améliorer Linux. Ensuite, fier de votre accomplissement, vous passez sur d’autres envies, d’autres projets, vers l’infini et au délà d’internet, et plus personne n’entend plus jamais parler de vous. Pour une entreprise telle que Windows, c’est inconcevable. On ne peut laisser un tel électron libre agir et repartir sans le placer dans le moule de l’entreprise. Citons le CEO de Microsoft : “Linux is a cancer that attaches itself in an intellectual property sense to everything it touches” (Linux est un cancer TRADUCTION). C’est donc toute une réflexion que les entreprises doivent avoir de nos jours, sur la façon de gérer l’indépendance actuelle des utilisateurs (notamment sur la problématique de l’open source). Toute une structure est à repenser, toute une mentalité est à acquérir. Gageons que le travail ne fait que commencer !

Amandine & Nora

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Quand les dérives innovent aussi

Etes-vous maintenant convaincus que les seules limites au pouvoir des utilisateurs – et donc, vous!- sont celles de l’imagination ?

Nous allons nuancer ce propos dans ce troisième article, en parlant comme convenu des limites des pouvoirs de l’utilisateur, et surtout, des quelques problèmes que peut engendrer ce sentiment de toute puissance.

L’expérience utilisateur 

Connaissez-vous l’UX ? Non, il ne s’agit pas du dernier OS à la mode fondé sur UniX. Il s’agit de la notion de “User Experience”, ou “Expérience Utilisateur”. Ce terme qui peut sembler simple au premier abord est en réalité l’analyse de l’équilibre entre l’ergonomie d’un objet et le ressenti utilisateur. Cette réflexion, qui vise à sans cesse améliorer un produit donné, est basée comme son nom l’indique sur l’expérience. Suivant les retours des utilisateurs, leur émotion exprimée, le créateur affine son produit pour que celui-ci leur procure davantage de satisfaction et réponde au mieux à leurs désirs.

L’utilisateur qui s’improvise innovateur bénéficie, comme nous l’avons exposé dans nos précédents articles, de nombreux facteurs qui encouragent sa liberté et stimulent son esprit créatif. L’un des ses avantages les plus puissants, en comparaison aux habituels designer des entreprises, est le fait qu’il est lui-même utilisateur, et est donc le plus à même de cerner ses désirs. Là où l’institution se concentre avant tout sur l’ergonomie, l’utilisateur n’oublie pas le désir et l’émotion indispensables que doit respecter le produit. On pourrait donc penser que l’amateur pourrait dépasser le maître, mais il n’en est rien.

Les oeillères des utilisateurs

Dans un travail collaboratif, l’utilisateur tend à réfléchir de manière locale, en s’inspirant de son propre ressenti et de sa propre situation. Il est alors bien difficile pour lui d’appréhender la vision de l’autre, et même, de créer un produit qui ne plaira pas qu’à lui. Les TIC et leurs fabuleuses capacités de communication peuvent empêcher ce type de problème, ou tout au moins les minimiser. Mais ce n’est pas le seul écueil, loin de là…

Rappelons le principe du travail collaboratif : chacun apporte sa pierre à l’édifice, si petite soit-elle, pour progresser. Cette utopie tend à devenir réalité, notamment pour les développements logiciels (ne citons que Git ou SVN, qui sont des références qui favorisent le travail collaboratif pour la technique). Toutefois, lorsque le projet d’innovation repose sur une multitude de collaborateurs, la problématique reposera justement sur cette idée de collaboration à différente échelle. Lorsque chacun ajoute sa petite touche (ou sa petite ligne de code), comment être certain que chacun conserve à l’esprit la vision globale du système ? Et encore, nous supposons là que tous possèdent à la base une vue d’ensemble sur le système… Alors comment concilier les avis de chacun, les contraintes du système, et les multiples compromis à faire ?

Une autre problématique, tout aussi simple, à souligner : lorsque nous raisonnons en terme d’interface, nous avons tendance à ne penser qu’en terme d’interface justement, et oublier qu’elle est souvent liée à la structure même du programme. Parfois, une interface n’est pas des plus confortables, mais le programme l’impose. Lors du premier développement, les créateurs ont dû composer avec un certain nombre de contraintes, que les innovateurs, forts de leur “User Experience”, ont tendance à oublier…

Place au sérieux !

Un mot clef nous a échappé dans les paragraphes précédents, mot clef que nous allons développer à présent. L’avez-vous trouvé ? Il s’agit du mot “projet” ! (si vous l’avez trouvé, vous gagnerez un morceau de chocolat de Noël). Car quel que soit le rêve, il faut en organiser la démarche. Mais est-ce vraiment possible quand il y a plusieurs visions différentes de la finalité sans réel chef de projet pour l’orchestrer? Aussi cela crée-t-il des manques en compétences choisies ou disponibles, des variations de directions, des retours en arrière et donc peu d’optimisation du temps de conception et création. Est-ce que l’iPad aurait eu autant de succès auprès des foules si Apple avait proposé trois versions de celui-ci avant de corriger les problèmes?  L’utilisation du point de vue de l’utilisateur peut donc poser des problèmes en terme de gestion s’il n’est pas implémenté au bon moment. A quel moment donc du processus d’innovation les utilisateurs pourraient-ils avoir un rôle? L’alternative du retour des utilisateurs est intéressante mais se trouve en bout de chaîne du processus et après la commercialisation. On oubliera donc cette idée même si l’idée d’utilisateur est présente. Mis à part la phase de commercialisation, il existe quatre phases incontournables dans le processus de l’innovation : l’idée qui fait l’innovation, la transition de l’idée vers le projet, celle du projet à la réalisation et de la réalisation au marché.

Rappelez-vous : le novice n’est pas toujours celui qu’on croit !

Par ailleurs, l’aspect collaboratif crée un risque qu’on ne pourrait négliger : l’amateurisme. Tout est accessible et gratuit, tout incite au créatif, tout le monde peut dire ce qu’il pense sur un sujet ou bien un autre sans pour autant le maîtriser. Cela reste gravé dans le marbre des pages internet qui quand bien même elles puissent heureusement être supprimées ou corrigées auront potentiellement été lues, interprétées commentées, citées. Ce sujet est relativement visible sur un effet de mode qui remonte joyeusement au début années 2000 : le Skyblog, exemple classique de l’amateurisme de masse.

Capture d'écran d'un Skyblog dédié à un groupe européen.

Mais, on le retrouve également beaucoup sur Twitter, non sans se rappeler le soi-disant bug de Facebook concernant les messages privés rendus publiques qu’a fait le buzz sur Twitter et autres réseaux sociaux sans que les utilisateurs n’en vérifient la véracité sur leur compte même.

Pire, cela peut créer des dérives. On ne peut que se remémorer avec horreur les photos et texte divulguées à travers un blog par le mouvement Pro-Ana, dont les membres revendiquaient que l’anorexie n’était pas une maladie mentale.

 

Nous voyons donc que le pouvoir des utilisateurs, bien qu’étourdissant, n’est pas absolu. Il présente de nombreuses faiblesses que le paradigme de Von Hippel que nous avons développé dans nos précédents articles. Mais n’avons-nous pas oublié un autre acteur dans toute cette enquête ?

En effet, quelle est la vision des entreprises de ce phénomène de l’innovation par les utilisateurs selon leur position dans le processus d’innovation ? C’est ce que nous essaierons d’identifier dans notre prochain article.

Amandine & Nora.

Ressources bibliographiques principales :

Licence Creative Commons

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TICket vers l’innovation par les utilisateurs : bienvenue à bord.

D’où nous vient notre créativité?
L’hiver approche, ne ressentez-vous pas le besoin de vous mettre au chaud ? Une petite laine, une veste, tant d’objets peuvent répondre à ce besoin de se protéger du froid. Une fois rentré chez vous, pourquoi ne pas prendre un bon chocolat chaud ? Un problème se pose malheureusement : le chocolat en poudre vendu par votre grande surface préférée est trop sucré à votre goût. Qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas la « customiser » un peu ? En rajoutant de la poudre de cacao à 99%, le produit vous siéra d’autant plus et répondra encore mieux à votre envie. Selon des études de marché, 10 à 40% des usagers adopteront cet état d’esprit et refaçonneront le produit à leur goût. Il est évident que ce sont eux qui sont les meilleurs interprètes de leurs envies.

Domaine sélectionné pour représenter l’innovation par les utilisateurs
Cette petite histoire d’actualité va nous permettre de nous familiariser avec la nuance entre envie et besoin, mais pas seulement ! On comprend bien ici qu’un produit proposé à la base peut toujours être repris par l’utilisateur et modifié pour le satisfaire… Mais si nous nous intéressons aux TIC, les Technologies de l’Information et de la Communication, jusqu’où pouvons-nous aller dans l’innovation par l’utilisateur ? Tel sera le thème que nous étudierons dans la suite de cette veille technologique.

Collaboration et sentiment d’être acteur de l’innovation
La question qu’on peut se poser est “pourquoi les TIC seraient-elles plus à même de représenter l’innovation par les utilisateurs que tout autres domaines?”. Les raisons sont multiples, et nous allons vous les exposer.

Les TIC, moyens de communication incontournables de nos jours, sont des moyens d’échanges sans limites dans l’inconscient collectif. Le peer to peer (P2P) en est l’exemple le plus marquant : qui ne l’a jamais utilisé ? Nous perdons dans ce cas là notre dimension de consommateur passif, et devenons des utilisateurs actifs. On s’approprie le média, et loin d’en demeurer simple récepteur, nous en devenons une sorte de maître, capable de le contrôler à notre guise, suivant nos envies nous nous approprions la technologie. L’innovation ne vient plus, comme nous l’avions souligné dans notre précédent article, des simples laboratoires de recherche, mais de vos envies. Le Peer to peer est né des usagers, et non des laboratoires; Wikipedia, encyclopédie universelle multilingue conçue collaborativement, est issue de la rencontre d’utilisateurs férus de connaissances, comme Jimmy Wales.

Les TIC ont cette vertu de favoriser les échanges et donc le travail colllaboratif, ce qui fait d’eux une technologie parfaite à suivre pour mesurer l’impact de l’utilisateur sur l’innovation d’autant quelles marquent une rupture significative dans le comportement de communication. La dimension active et participative réclamée de plus en plus par les utilisateurs y est bien adaptée.

En effet, l’utilisateur peut grâce aux possibilités de communication des TIC partager ses idées, ses innovations, et le développement de ces dernières avec d’autres usagers concernés. Von Hippel, dont nous citions les travaux dans notre précédent article, souligne qu’il est d’ailleurs préférable pour les utilisateurs de pouvoir partager leurs innovations. Il est réducteur de penser que cela est pour une simple affaire de coûts à supporter, dûs par exemple aux brevets ou aux licences. L’utilisateur doit avoir conscience qu’en rendant sa trouvaille hermétique à toute intéraction, il la condamme de sorte qu’elle n’évoluera plus à cause du manque de diversité de points de vues et d’idées, et qu’elle sera encore moins apte à séduire les industriels. C’est probablement la raison principale qui le mène à la collaboration pour l’innovation.

Types d’utilisateurs innovateurs
De nombreuses raisons inhérentes aux TIC encouragent donc un utilisateur à imaginer et créer l’innovation de demain. Cette démarche de découverte puis d’invention obéit à un schéma très précis, présenté comme les trois cercles de l’innovation.

Les trois cercles de l'innovation, tiré de "L'innovation par l'usage" par Dominique Cardon

Comme visible dans le schéma ci-dessus, ces cercles représentent les trois types d’acteurs dans l’univers de l’utilisateur innovant. Le noyau est justement composé des innovateurs, eux même entourés par le cercle des réformateurs. Ces deux ensembles sont entourés par la nébuleuse des contributeurs.

Cette structure permet d’affiner la notion de contribution que nous évoquions précédemment. En effet, le développement de l’innovation, bien que marquée par le travail collaboratif, est souvent le fruit du travail d’un petit noyau d’individus (comme ce fut le cas pour Wikipedia). Celui-ci est donc composé de quelques fondateurs au sein desquels se développe souvent une véritable hiérarchie. La raison en est simple : le noyau d’initiateurs se constitue de lui-même comme un regroupement d’utilisateurs ayant ressenti le même manque dans le produit de base.

Comme exposé précédemment, notre premier groupe est encerclé par la vaste nébuleuse des contributeurs. Ceux-ci apportent deux forces indispensables au projet de leurs comparses. Grâce aux réseaux sociaux, ils se mobilisent et encouragent les innovateurs à avancer. De plus, ils peuvent apporter leur pierre à l’édifice en contribuant à leur échelle au développement de l’innovation. Une nouvelle fois, une hiérarchie se produit entre ceux qui produisent, et ceux qui soutiennent.

Enfin, entre les deux groupes évolue une espèce intermédiaire : les réformateurs. Plus investis que les contributeurs, mais moins impliqués que les innovateurs, ils aident le projet en l’améliorant et en le renforçant techniquement. Ce nouveau cercle n’apparaît que quand l’étendue et l’importance du projet devient telle qu’une espèce hybride doive servir d’intermédiaire entre contributeurs et innovateurs fondateurs.

Une question doit cependant vous venir à l’esprit : ce modèle est-il stable ?

Avenir de ces sources d’innovation
Seulement, vous devez vous demander, comment ce modèle d’innovation des TIC peut-il perdurer? Après tout, comment un modèle économique tourné sur l’altruisme et le partage uniquement peut-il survivre dans le monde que l’on connaît où la peur domine face à une crise économique en fond sonore? Et bien tout simplement parce que ce modèle dépend d’une dynamique stimulée par des bénévoles et qu’il y a bel et bien des investissements et des sacrifices. En effet, ceux qui sont initiateurs de l’idée doivent, pour la réussite de cette innovation, accepter qu’elle évolue dans des directions qui n’étaient pas forcément prévisibles. Par ailleurs, ces directions doivent guider vers une utilisation qui ne renie pas les comportements techniques importés de l’informatique dont l’idée est issue. C’est pourquoi, il est important de conserver l’esprit perméable, flexible et non dépendant des TIC.

Conditions de survie de ces innovations
Quelles sont donc les innovations une fois créees qui restent toujours d’actualité? Nous prendrons pour les identifier Facebook, le bébé de Mark Zuckerberg qui a su s’implanter dans nos quotidiens. Facebook est utilisé de 7 à 77 ans, simplement grâce au fait que l’outil est simple d’accès et d’utilisation. Encore mieux, on parle de Facebook Addicts tellement Facebook a crée de dépendances au sein de notre société. Pourquoi cela? Grâce à une intégration incessante dans la pratique quotidienne, grâce à un usage répété stimulé par une appropriation sociale et un usage collectif. Sur Facebook, on trouve de nombreux groupes de discussions dans le but de parler de hobbies mais également pour partager leurs idées. Dans une émulation collective, l’utilisateur de Facebook peut devenir innovateur.

Maintenant que nous avons identifié la problématique et le domaine, pour notre prochain billet, nous creuserons cette problématique et chercherons les limites de l’innovation par les utilisateurs.

Amandine & Nora

Référence bibliographique principaleArticle de Dominique Cardon sur “L’innovation par l’usage”

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Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.

Les utilisateurs sont-ils innovateurs ?

Rappelez-vous la légende de la création d’Apple, née de l’union de passionnés motivés par l’envie d’innover. Cette histoire n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Elle est le reflet d’une nouvelle tendance que nous souhaitons étudier avec vous : l’utilisateur est-il innovateur ?

Il est vrai que nous sommes bien loin ici des schémas classiques des sociétés qui montent des pôles de recherche pour sans cesse développer de nouveaux produits, sans cesse innover : les produits sont usuellement d’abord imaginés en laboratoires puis proposés aux consommateurs, qui seront éventuellement utilisateurs. En effet, utilisateur et consommateur sont deux notions différentes ! Alors que le consommateur paie pour le produit ou pour le service, l’utilisateur s’en sert sans forcément qu’une transaction pécuniaire soit en jeu. Prenons l’exemple de Google : vous utilisez, mais vous ne payez pas le service. Cela fait de vous un utilisateur, mais PAS un consommateur.

Fort de ces connaissances, un professeur en management du MIT, Eric Von Hippel, soulève un paradigme qui va à l’encontre du schéma classique. Son idée, développée dans son article « Le paradigme de l’innovation par l’utilisateur », est que notre société voit l’évolution de la relation producteur-consommateur dans l’approche de l’innovation. Cette innovation, initialement centrée sur les producteurs, le devient sur les utilisateurs. Ces utilisateurs qui sont alors acteurs du processus d’innovation sont les Lead Users, les « utilisateur pilotes ».

Image : les paradigmes de l’innovateur et du producteur. Tirés de l’étude de von Hippel et Christina Raasch.

Et le public d’utilisateur en redemande ! Il peut disposer de laboratoires libres d’accès, les Fab Lab, pour créer eux-mêmes leurs propres biens. On retrouve également beaucoup de communautés sur internet axées sur le DIY où les utilisateurs proposent des idées pour rendre « intelligent » un produit.

Image : Exemple d’innovation par les utilisateurs. Tiré de Different Solutions, communauté de Facebook .

L’utilisateur se distingue très vite du producteur dans l’intention qui l’anime lors de son activité créatrice. Le premier développe sa solution avec la problématique « hum, j’ai besoin de ça donc je fais ça ». Le besoin auquel répond son innovation sera spécifique, motivé par un manque dans la diversité des produits qui lui sont proposés à la base. Finalement, l’objectif n’est pas de vendre son travail, mais de se rendre service tout d’abord, puis, idéalement, de voir sa contribution innovante produite par la suite.

Une fois cette intention dévoilée, les utilisateurs innovants peuvent également collaborer entre eux afin d’améliorer leurs créations et d’en favoriser la diffusion de pair à pair. Il s’agit alors non pas du même principe de diffusion que les producteurs. Ici, elle repose sur un principe de reproduction et d’amélioration en équipe.

C’est à ce moment-là que les producteurs reviennent sur scène : là où l’utilisateur apporte son imagination et son innovation, le producteur amène son expertise. Ce dernier a pour rôle premier de gagner de l’argent, et quoi de mieux qu’un produit imaginé et plébiscité par ceux qui l’utiliseront et l’achèteront par la suite ? Il ne lui reste alors plus qu’à apporter le petit emballage commercial pour terminer.

Image : le nouveau paradigme de l’innovation, tiré de l’article “L’âge du consommateur innovateur”.

De nombreux axes de réflexion s’offrent à nous pour approfondir le sujet : de quelles forces dispose l’utilisateur face aux producteurs ? Jusqu’à quel point peut-il innover ? Quelles sont les limites du paradigme avancé par Von Hippel ? L’innovation peut-elle être réellement accessible aux utilisateurs, ou s’agit-il d’un concept réservé aux laboratoires ?

Ce sujet extrêmement vaste touche à de nombreux domaines qui nous entourent, des nouvelles technologies à la biologie en passant par les sciences physiques. La première problématique qui apparaît lorsque de telles interrogations viennent à notre esprit est la nécessité de les ancrer dans un domaine restreint. Ce sera l’objet de notre prochain article.

Cette veille sera encadrée par Vincent Tourre & Morgan Magnin

Amandine & Nora

Référence bibliographique

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.

L’intelligence ambiante : Quand les objets deviennent intelligents.

Depuis 50 ans, les ordinateurs n’ont Ambient Intelligencecessés de se miniaturiser, tandis que leur performances augmentaient de manière exponentielle. Aujourd’hui, une partie croissante des objets de notre entourage se munissent de puces et de capteurs, et communiquent entre eux. Nous entrons dans une nouvelle ère où l’informatique sera omniprésente, dissimulé dans tous les objets, et scrutant nos envies afin de les assouvir au mieux. Il s’agit de l’ère de l’intelligence ambiante.

Mark Weiser avait déjà prévu ce “changement radical” en 1991. Il annonçait que “les applications ne seront plus associées à une machine physique” ou à un écran qui y serait associé. “Les interactions seront plus naturelles et l’ordinateur va “se fondre” dans notre environnement”. Pour lui, les meilleurs technologies sont celles qu’ont ne voit pas. Leur rôle est de faciliter notre quotidien sans que nous nous en apercevions .

Au cours de cette année, nous allons développer ce sujet selon les axes suivants :

  1. Définition et historique de l’intelligence ambiant : un concept né dans les années 90

  2. L’intelligence ambiante aujourd’hui : Ils sont déjà parmi nous!

  3. Les limites rencontrées, techniques et éthiques

  4. Comment l’Intelligence ambiante va-t-elle influencer notre façon de vivre ?

  5. La vie dans 10 ans : Laissons parler l’imagination !

Premier article de cette série dans 3 semaines! A bientôt!