Suite et fin du paradigme ?

Petit résumé des épisodes précédents

Au fil de nos réflexions tout au long de cette veille technologique, nous avons pu étudier le paradigme d’Eric Von Hippel conceptualisant une approche de l’évolution de l’innovation que notre société voit émerger ; celle de l’innovation par les utilisateurs. Ces utilisateurs deviennent ainsi des « Lead Users » a contrario de l’innovation par les producteurs où ces utilisateurs sont seulement consommateurs passifs du processus d’innovation. Cette approche de l’innovation présente de nombreux avantages. L’utilisateur exprime sa créativité le plus simplement, créativité qui naît de son besoin et de ses envies.

Nous avons pris le parti d’étudier ce paradigme au travers d’exemples dans le domaine des TIC, Technologies de l’Innovation et de la Communication (Ce qui est fort pratique étant donné que ce projet est justement une veille technologique). Mais pas seulement. En effet, les TIC permettent de favoriser le travail collaboratif nécessaire aux communautés d’utilisateurs ces véritables sources d’innovation. Elles permettent à ces utilisateurs de devenir des acteurs participatifs grâce aux modes de fonctionnement des TIC propres à influencer les comportements de communication et d’échanges.

Cependant, nous avons également vu que le pouvoir des utilisateurs n’est pas sans limites. De par son manque d’expérience ou bien de vision globale, de nombreux projets ou idées peuvent très bien ne jamais voir le jour ou être viables pour le joyeux « monde de la consommation. » C’est là que l’entreprise entre en scène. Elle devient le maillon nécessaire au processus de l’innovation par les utilisateurs qui devient l’innovation AVEC les utilisateurs. L’entreprise devra alors construire des liens avec les communautés d’utilisateurs ou bien elle-même créer ces communautés. Et son rôle ne s’arrête pas là. Elle devra également maintenir ces communautés au risque de ne pas réussir à pérenniser cette innovation. De nombreuses menaces, telles que l’oubli, l’absence de maintenance et d’ergonomie, peuvent la fragiliser. Pourtant, même si elle protège l’innovation et les communautés d’utilisateurs, cette « entreprisation » de la communauté pose de nouvelles cartes sur le tapis et notre jeu peut s’en trouver faussé. Même si elle présente de nombreux avantages, elle apporte également le jeu de la concurrence loyale ou non et celui de l’oubli de l’usage même derrière le profit à tout prix.

Petit intermède

Dans nos recherches, nous nous sommes retrouvées nez à nez avec la page Wikipedia sur l’innovation http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation que nous vous invitons à au moins survoler. Référence basique penserez-vous mais vous comprendrez ainsi pourquoi cela nous titille l’esprit de voir ces créations qui font parties de notre quotidien ou du moins qui nous sont connues. D’où proviennent-elles? Maintenant que nous arrivons au terme de cette étude sur le paradigme de Von Hippel de l’innovation par les utilisateurs en l’appliquant aux TIC, nous ne pouvons nous empêcher de penser que l’utilisateur a été inclus dans la boucle de l’innovation de ces produits tellement ils nous sont utiles à présent et sont révélateurs d’un besoin explicite ou implicite.

Eventuelles solutions et perspectives d’approfondissement
Mais alors, quelles sont les perspectives de l’innovation par les utilisateurs et que penser du paradigme de Von Hippel ? Car les réalités économiques et humaines ne peuvent être négligées : elles menacent la pérennité de cette innovation ou du moins la limitent. Pourtant ce mode d’innovation va très bien avec notre temps où le nouveau « avoir » est synonyme de « partager ». Pour booster cette créativité, nous devons peut-être concilier toutes ces réalités. Comment ?

  • En réalisant que l’économie peut être frileuse et concurrentielle (même si ces notions sont paradoxales) ;
  • En créant des facteurs de motivation à l’innovation ;
  • En remettant en question le paradigme d’Eric Von Hippel enfin.

Car oui, il semble que même si ce paradigme reste pertinent, on pourrait bien voir l’émergence d’un autre paradigme prenant en compte toutes ces réalités. Ce paradigme, nous en avons présenté une idée à la fin de notre dernier article : celui d’un paradigme non pas idéalisé, mais réaliste. Il ne serait non plus une idée rêvée du partage entre utilisateurs, mais un médiateur entre les pragmatiques et les idéalistes. Il serait le médiateur entre réalité économique et idéalisme du partage, et serait créé, tout simplement, en définissant le périmètre d’action avant l’action, plutôt que l’inverse. Et dans cette nouvelle vision disparaîtra peu à peu le concept de l’utilisateur développé par Von Hippel. Car non, il n’est plus seul : nous devrions parler à présent, comme nous l’avons fait dans l’ensemble de nos articles, de communauté et non d’utilisateur isolé. Nous assistons donc à la naissance d’un autre paradigme, à l’image de celui présenté par Von Hippel, à quelques nuances près et qui sait, il sera peut-être la base d’un futur nouveau modèle économique nécessaire…

Cher lecteur, vous pourrez trouver l’analyse de notre réflexion dans notre rapport final disponible sur ce lien : pvete12_rapport_innov2012
Notre rapport traitera les points suivants :

I. Présentation du paradigme de Von Hippel
I.a) Explication du paradigme
I.b) Application du paradigme dans les TIC
I.c) Les bienfaits du paradigme dans les TIC
II. Les acteurs du paradigme
II.a) Le rôle des communautés d’utilisateurs
II.b) La nécessité des entreprises, actrices de l’ombre
III. Remise en cause du paradigme
III.a) Les dérives de l’innovation par les utilisateurs
III.b) Les limites réalistes du paradigme
III.c) Vers un paradigme nouveau et nuancé ?

Voila, vous pouvez maintenant éteindre votre télévision et reprendre une activité normale. Allez, a ciao bonsoir !

Amandine & Nora

Cette veille technologique a été effectuée dans le cadre d’un  projet de l’école Centrale de Nantes de l’option Informatique et a été encadrée par Monsieur Morgan Magnin et Monsieur Vincent Tourre, professeurs chercheurs de l’école.
Cette veille a été rédigée par Nora El Koursi et Amandine Lavergne.

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Perspectives du paradigme de Von Hippel dans la réalité

N’avez-vous jamais eu ce sentiment, quand vous lisiez enfant un conte de fée rempli de belles images avec des myriades de personnages engagés dans des histoires toujours plus originales aux fins heureuses, ce sentiment où vous vous demandiez : est-ce possible? Pourrais-je un jour vivre ces aventures aux confins de mon monde, vaincre le féroce dragon sur mon fier destrier et sauver le prince (ou la princesse, selon les rêves de chacun)? Ou même, est-ce qu’après toutes ces péripéties, quelle sera ma vie :  La méchante sorcière est-elle vraiment celle que l’on croit ou bien nous a-t-elle concocté une vengeance même après sa mort? Le prince va-t-il me tromper avec mon père voyant nos horribles bambins?

Cendrillon et son prince, version de Walt Disney

C’est un peu ce sentiment qui nous submerge quand nous étudions l’innovation par les utilisateurs en partenariat avec les entreprises et que nous cherchons à voir jusqu’où celle-ci mène une fois qu’elle est mise en place et le produit de cette innovation crée mis sur le marché. Notre dernier article nous a laissé un peu pantoises/déconcertées car Eric Von Hippel en présentant son paradigme aurait oublié un élément fondamental notamment en terme de perspective d’évolution. Car oui, vous l’aurez compris, pérenniser l’innovation ne peut se faire si on se croit dans le monde des bisounours ou dans un conte de fée, il y a une réalité économique et humaine par laquelle on ne peut couper : la malveillance et la concurrence interne ou externe entre autres, mettant ainsi en cause la fiabilité de la communauté, sont des dangers hautement potentiels qui menacent l’innovation. Revenons donc au monde réel.

Perspectives de survie de l’innovation par les utilisateurs dans les TIC

Comme nous l’avons vu dans nos précédents articles, l’utilisateur est en principe facilement intégré dans les processus d’innovation  à partir du moment où ces processus sont ouverts à tout apport. Cependant, un méchant malin se terre dans le fond du décor : la nature humaine. On ne peut pas l’oublier, l’être humain est bon certes mais l’être humain a aussi ses appétits qui le poursuivent depuis les temps ancestraux de la guerre du feu où il devait se battre pour survivre aux conditions dans lesquelles il vivait. Ainsi, on retrouve par exemple ces appétits dans la trahison si bien décrite dans l’histoire de Caïn tuant Abel mais également dans le processus d’innovation, nourrissant ainsi une concurrence exacerbée.

Utilisateurs indispensables pourtant à l’innovation

Pourtant, si l’innovation ne constitue pas une fin en soi, elle apparaît comme l’une des mesures centrales susceptibles d’améliorer les politiques de l’offre en ces temps de croissance difficiles et comme comme un moteur du développement de la société actuelle. On ne peut donc la réduire à de la recherche et développement car cela ne suffit plus. Il faut réellement adapter la création aux utilisateurs. Les communautés d’innovation ouvertes, véritables groupes de réflexion virtuelle, permettent d’accélérer l’innovation avec le concours des utilisateurs finaux. C’est réellement un enjeu majeur pour les entreprises car leur compétitivité dépend de leur capacité à lancer des produits innovants. Les communautés d’utilisateurs permettent une meilleure compréhension des besoins et des souhaits des consommateurs en cernant mieux les tendances via cette source de créativité en connexion. Prenons l’exemple d’Unix, cet OS qui est constamment amélioré par beaucoup de contributeurs qui lui donnent ainsi de nouvelles perspectives d’usage et augmentent de ce fait la fréquence d’utilisation et d’installation.

Symbole d'Unix

Bref, nous ne nous épancherons pas dessus, car nous l’avons suffisamment fait au cours de nos derniers articles. Vous avez compris l’idée et donc vous comprenez bien qu’il serait dommage que les entreprises se fassent “coiffer au poteau” par d’autres entreprises ou bien que l’innovation de ces utilisateurs ne voient jamais la lumière du jour.

Nous devons ainsi nous sauver et monter dans l’arche de Noé pour pouvoir poursuivre cette innovation, les utilisateurs et les entreprises, ensembles.

 

ATTENTION HUMAIN MECHANT !

Il n’existe jamais de solutions miracle mais peut-être des pistes d’amélioration qui avec un peu de chances permettront de protéger l’innovation de cette nature humaine chancelante. Il est nécessaire de bâtir une réputation et d’inciter les utilisateurs finaux à participer à l’innovation. Il faut créer des facteurs de motivations différents de ceux qui pourraient être cause de soucis. On pourrait peut-être éviter le besoin d’exclusion de la communauté pour exploiter personnellement et pour son propre profit le fruit de cette communauté. Le plaisir. Le plaisir de découvrir et d’explorer des idées créatives et utiles est peut être le meilleur moyen ou la meilleure fin car c’est par celui ci qu’un sentiment de fierté et de motivation se créera donnant ainsi l’occasion d’innover pour la communauté et non pour soi.

 

Philosophie de l’argent

Couverture de "Philosophie de l'argent" de Georg Simmel

Ce cher Georg Simmel aurait hésité pour le choix du titre de son livre entre “Philosophie de l’argent” et “Psychologie de l’argent”. C’est “Philosophie” qui est resté, pourtant, lorsqu’il s’agit d’investir dans l’innovation -notamment celle menée par les utilisateurs- nous entrons dans le domaine de la psychologie : comment gagner la confiance de celui qui sacrifiera l’un de ses biens, lorsque l’on ne dispose que d’une idée immatérielle ? Comment une communauté d’utilisateurs peut-elle démontrer sa fiabilité, sa solvabilité ? Face à la difficulté de ces questions, un risque se présente : comment financer alors le plus innovant des projets, s’il se heurte à une économie frileuse ?

 

Emergence d’un autre paradigme?

Finalement, la paradigme de Von Hippel, bien qu’il présente des limites, reste tout à fait pertinent. Un élèment lui manque cependant : c’est ce petit quelque chose qui permettra de conjuguer les aspirations créatives des utilisateurs, les intérêts des entreprises, et toutes les contraintes économiques et sociales de notre temps, et des temps à venir. Peut-être une nouvelle entité, qui servira de médiateur ? Ou simplement une nouvelle façon de penser, que l’actualité économique mondiale encouragera peut-être…

L’idée serait de revenir à notre idée de “cadre” que nous avons régulièrement évoqué dans nos précédents articles, car elle est peut-être la solution au problème. Il faudrait dès lors que l’analyse et la connaissance de la réalité economique et sociale des entreprises définissent d’abord un périmètre de réflexion, dans lequel par la suite les innovateurs pourraient évoluer et créer comme bon leur semble… Tant qu’ils restent dans les limites du cadre. De cette façon, nous prendrions le paradigme dans l’autre sens, mais qui sait ? C’est peut-être celui-là dont nous avons besoin.

Amandine & Nora

 

Ressources bibliographiques principales :

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