La personnalisation du web : synthèse et plan

Tout au long de nos articles, vous avez pu découvrir avec nous les divers enjeux de la personnalisation du web. Cette étude de la personnalisation vous a peut-être fait ouvrir les yeux sur certaines pratiques ou certains mécanismes propres au web ou même propres à l’homme. Nous avons cherché à vérifier si la personnalisation du web mettait réellement en jeu nos choix personnels par des considérations tantôt purement algorithmiques (étude des mécanismes des géants Facebook et Google), tantôt sociologiques, philosophiques ou même idéologiques. Ces recherches nous ont inexorablement menées à nous demander quels dangers pouvaient représenter de telles pratiques : d’une simple réalité faussée par des choix influencés à une réalité totalitaire où les choix sont dictés par les plus grands empires du net.

Notre rapport final s’articulera autour des axes suivants :

  1. La personnalisation du web et ses mécanismes
    1. Qu’est-ce que la personnalisation ?
    2. Les mécanismes de la personnalisation
    3. Bob, notre expérience Facebook
  2. La personnalisation et nous
  3. Les dangers plus ou moins avérés de la personnalisation

Attention Google vous observe : de la personnalisation au totalitarisme, il n’y a qu’un pas

Une histoire d’anticipation par perso2011…

Ces derniers temps, il y a du changement chez Google. Comme vous avez pu le lire sur l’article “Google m’a tuer” : Du changement chez Google, Google a revu en profondeur sa charte de confidentialité : désormais, en la signant, vous acceptez que Google recoupe toutes vos données d’utilisation, de tous ses services.

A la même période, peut-être avez-vous entendu parler de ce nouvel outil de personnalisation Google + que Google se propose d’intégrer à votre moteur de recherche. Baptisé Search plus your world, ce nouvel outil se veut « plus vous » mais peut (pour l’instant) être désactivé si vous le souhaitez. Ce système intègre des réponses trouvées dans Google Plus et dans le service de partage de photos Picasa pour des réponses plus personnalisées.

Un élément très récent dans l’actualité Google a également particulièrement retenu notre attention. En échange de 25$ en bons d’achat, Google propose depuis peu aux volontaires de scruter leur activité sur le net. Baptisé « Screenwise », un boîtier espion remis à des volontaires collecte des données plus complètes que celles rassemblées via les services de la firme de Mountain View, avec l’objectif “d’améliorer Google” et d’utiliser les comportements de ces internautes pour mieux personnaliser à l’avenir les résultats d’internautes au profil similaire.

Même si aujourd’hui la communauté Internet s’insurge contre le géant Google, qu’en sera-t-il d’ici une vingtaine d’années ? Aujourd’hui déjà, il est déjà très difficile de s’élever contre l’hégémonie Google ou même d’imaginer un internet sans Google. Alors Google aujourd’hui « dictateur bienveillant », sera-t-il le despote totalitaire de demain ?

A ce point de notre article, vous vous demandez certainement ce que cela a réellement à voir avec notre sujet, la personnalisation du web. Aujourd’hui, Google dispose de millions de données sur les utilisateurs de ses services et prétend vouloir nous aider en personnalisant le web à l’aide de ces données. Mais au delà de l’objectif de créer pour chacun un internet unique et personnalisé, Google utilise ses algorithmes pour tous nous garder sur la voie qui entretient les intérêts de la firme.

Nous vous proposons une petite réflexion d’anticipation sur ce que pourrait devenir le monde (ce n’est évidemment là qu’une vision hypothétique et extrême de ce que pourrait devenir notre futur dans un monde où Google contrôlerait tout).

Humanité augmentée ou humanité diminuée ?

« Ce que nous essayons de faire c’est de construire une humanité augmentée, nous construisons des machines pour aider les gens à faire mieux les choses qu’ils n’arrivent pas à faire bien… »

« Nous pouvons vous suggérer quoi faire après, ce qui vous intéresse. Imaginez : nous savons où vous êtes, nous savons ce que vous aimez. »

« Non seulement vous ne serez plus jamais seul, mais en plus vous ne vous ennuierez jamais ! Nous vous suggèrerons ce que vous devriez regarder, parce qu’on sait ce qui vous intéresse. »

« Un futur très proche dans lequel vous n’oublierez rien, parce que les ordinateurs se souviennent. Vous ne serez jamais perdu. »

Ces paroles sont les extraits traduits de discours prononcés en 2010 par Eric Shmidt ancien PDG de Google, aujourd’hui président du conseil d’administration (depuis le 4 avril 2011). Vous pensez peut-être que ces propos ne sont plus d’actualité, alors jetez un coup d’œil à ceux de Serguei Brin, fondateur de Google qui souhaite que sa création devienne le « troisième hémisphère de notre cerveau ». En quoi cela aide-t-il à la personnalisation, sinon au contraire à formater les hommes ? Certes, on vous propose un produit qui vous correspond personnellement, mais s’il ne vous avait pas été proposé, l’auriez-vous néanmoins considéré ? Au final, de tels organismes ont la prétention de savoir mieux que vous ce qu’il vous faut, ce que vous devez acheter, qui vous devez aimer, quels amis vous devez choisir… Google va bien plus loin que la simple personnalisation, on pourrait plutôt parler d’ « inception » considérant cette manière qu’a Google de nous suggérer une idée dans nos petites têtes innocentes avant même que nous y ayons pensé. Certes, la publicité a un peu ce rôle mais Google est bien plus pernicieux car il nous connaît personnellement, remerciez pour cela Gmail, Google plus et autres services si gentiment offerts par Google.

De 1984 à 2034

Qui n’a jamais lu Orwell, souvenez vous de 1984 et de cette phrase célèbre « Big Brother vous regarde »… En acceptant la personnalisation, on ouvre son intimité à Google, Google vous regarde, Google vous scrute, Google vous surveille… mais surtout Google va vous aider à tout décider, vous aider à « augmenter vos capacités ». Rappelez-vous également tous ces films d’anticipation où une grosse entreprise prend le pouvoir sur le monde, où tout est contrôlé, cela ne vous rappelle rien ? Et si un jour, Google dominait le monde et instaurait un régime totalitaire d’ultra consommation ultra contrôlée et transformait le libre-arbitre en un résidu d’humanité anesthésié et amorphe tout en « augmentant nos capacités » ?

Et si une nouvelle race émergeait, non pas une humanité augmentée, mais une humanité transfigurée, une « transhumanité » ? Ce terme revient parfois sur la toile et désigne un mouvement culturel et intellectuel prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Cela résonne certainement dans vos oreilles comme un bien mauvais film de science-fiction, mais pensez-y. Ne pas réfléchir aux évolutions potentielles du déjà puissant géant Google, c’est aussi lui laisser la part belle pour mettre en marche tous ses plans.

Ce dernier article (avant l’annonce du plan de notre réflexion) vous a sans doute fait sourire. Néanmoins, envisager les pires conséquences à la personnalisation du web par de grosses entreprises telles que Google nous rappelle qu’il faut avoir un regard critique dans l’utilisation que nous faisons d’internet et des services qui nous sont offerts. La technologie et ses avancées ne sont pas là pour remplacer nos capacités d’analyse et de réflexion. Soyons prudents !

La communauté à l’assaut de l’individu

Depuis le début de notre veille notre attention s’est portée sur la personnalisation du web, au sens individuel, en mettant en avant les dangers de l’enfermement dans nos seules convictions personnelles. Ce point de vue implique que nos opinions personnelles sont préservées voire renforcées par la personnalisation du web. Il est peut-être nécessaire de changer d’échelle pour se rendre compte qu’en réalité elles sont menacées par notre expérience de l’internet et par des phénomènes massifs qui dépassent la personnalisation du web.

Le format actuel du web, par le biais des réseaux sociaux, forums, blogs, etc. …, encourage chacun à partager tout ce qu’il consulte : articles, vidéos, images et autres, ce qui pourrait laisser croire que tout le monde partage tout ce qu’il a trouvé intéressant. Or ce n’est pas vraiment ce qu’on observe. Nous partageons non pas ce qui nous intéresse mais ce qui nous semble avoir un intérêt pour les autres. Nous retenons certains contenus de peur d’ennuyer ou agacer. Et comment connait-on les intérêts d’autrui ? Grâce à ce que lui-même partage ! On a bien le sentiment que des idées finissent ainsi par être partagées par une large communauté d’internautes.

Le web est simplement un univers où les tendances et les mouvements de masse s’exercent avec encore plus de force que dans la réalité. On pourrait croire qu’il est plus facile d’exprimer ses différences sur internet, notre identité y étant « dématérialisée ». Mais il semblerait que notre « moi » numérique ait de plus en plus d’importance et que le regard d’autrui compte tout autant sur le net que dans la vie réelle, voire plus puisque n’importe quel anonyme peut émettre un jugement sur ce que l’on dit ou fait sur la toile.

Être à la marge n’est donc pas souhaitable, on maitrise ce qu’on partage de peur de dénoter parmi la masse, en s’adaptant aux réactions des autres. Tout s’uniformise, on pose des standards sur ce qui doit être drôle, émouvant, détestable, etc. et les goûts finissent presque par être intégrés dans la charte d’utilisation des réseaux sociaux, forums, blogs que nous fréquentons. Il suffit de passer un peu de temps sur des sites tels que 9gag.com sur lesquels circulent des « mêmes », éléments culturels reconnaissables par une communauté qui sont utilisés à répétition et jusqu’à saturation à des fins humoristiques (la plupart du temps). Certains sont effectivement très drôles mais pour la plupart il est juste convenu de rire, on en oublie pourquoi. On vous a dit que telle chose était drôle, maintenant riez !

Qui peut vraiment exprimer les raisons qui le poussent à détester Justin Bieber ?

Internet n’est qu’un média de plus sur lequel on nous dit ce qu’on doit aimer ou détester, mais son aspect communautaire le rend encore plus dangereux. Finalement la personnalisation du web n’est peut-être pas une si mauvaise chose si elle tend à renforcer les goûts et intérêts personnels. Il s’agit de trouver le bon compromis…

La personnalisation du web : parce que nous le voulons bien ?

Lors du dernier article, nous vous avions présenté certaines pratiques de personnalisation pratiquées par les géants Facebook et Google, ainsi que les dangers que pouvaient représenter l’enfermement idéologique. Mais au cœur même du problème se trouve un paramètre encore plus complexe que tous les autres : le libre arbitre humain.

Sommes-nous réellement prêts à nous ouvrir à la diversité et à la nouveauté que peut offrir la toile ?

Dans une société dictée par des phénomènes de masse et de mode, il est bien difficile de s’extraire de l’uniformité. Il arrive souvent que l’on écarte un nouveau produit parce qu’on ne le connaît pas ou que l’on doute de ses effets. Etant pourtant le moteur de l’innovation, la nouveauté a malheureusement tendance à être rejetée du fait du sentiment d’incertitude qu’elle peut générer. Ce même sentiment rend la plupart des gens mal à l’aise et ces derniers préféreront généralement rejeter des idées nouvelles au profit d’idées purement pratiques et éprouvées. La nouveauté et la créativité ont la vie dure… Alors, même si nous pensons être au-dessus des filtres présents sur la toile, malheureusement notre cerveau a souvent déjà un parti pris contre la créativité !

Dans le même registre, notre capacité à raisonner n’est malheureusement pas conçue pour nous aider à chercher la vérité mais pour nous aider à argumenter nos positions. Ainsi nos processus de pensée tendent toujours vers la confirmation de notre propre idée. Nous avons, par exemple, souvent tendance à mieux nous souvenir des preuves qui confirment ce que l’on pense déjà que des arguments contraires. Le raisonnement n’a pas pour fonction de nous aider à prendre de meilleures décisions, mais il nous aide à convaincre d’autres personnes, à évaluer leurs arguments et à mieux réunir nos propres arguments pour supporter nos idées. Au-delà de la théorie psychologique, dans la réalité, ces comportements sont légions sur les réseaux sociaux. Chacun se renforce dans ses idées, biaise le débat et renforce ainsi sa bulle personnelle ainsi que celle d’autrui. L’idée que nous pensions être partagée par autrui ne l’est alors aucunement. La personnalisation du web finira-t-elle par nous rendre autistes ?

La filtration influence en ce sens directement notre façon de penser. Elle peut transformer notre vision de la réalité en jouant l’effet d’une loupe, agrandissant artificiellement un aspect du sujet. En écartant de notre champ de vision toutes les informations qui pourraient contredire nos avis, la filtration biaise notre vision de la réalité. Elle renforce nos convictions en diminuant notre curiosité pour les arguments opposés. De la même façon, la filtration nous éloigne de ce que l’on appelle la sérendipité (néologisme de l’anglais serendipity) qui est le fait de réaliser une découverte inattendue grâce au hasard et à l’intelligence, au cours d’une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte.

La filtration des contenus entraîne également deux autres phénomènes de distorsion de la réalité : la sur-représentation et le stéréotype. Parce que la filtration résulte d’une boucle sans fin, plus vous cliquez sur un type de contenu, plus il vous sera proposé et plus vous avez des chances de cliquer dessus à nouveau. Le phénomène se renforce de lui-même aboutissant à une sur-représentation d’un type d’information. Le stéréotype est la conséquence directe de la sur-représentation. Les algorithmes se basent sur les comportements statistiques des masses, faisant de ces comportements les règles appliquées à tous. Cela a un effet à la fois personnel et global. Sur le plan personnel on peut donner l’exemple de certains organismes de crédit aux US qui considèrent que vous avez plus de chance de faire partie des personnes qui auront des découverts si vos amis Facebook en ont eux aussi. Sur le plan global cela renforce la notion de pensée unique alors que l’on sait que la richesse d’une civilisation s’entretien par la diversité de ses individus.

Une réalité faussée

La filtration ne serait pas un problème si les algorithmes étaient suffisamment intelligents pour nous connaître parfaitement. Ce n’est évidemment pas le cas. Les considérations ethniques sont généralement laissées de côté face à des aspects plus techniques de développement. De plus, la vision même des créateurs de sites est parfois également biaisée, ce qui peut avoir des conséquences collectives immenses lorsqu’un système s’adresse à des millions de gens. Ainsi Mark Zuckerber prétend que chaque personne a une seule identité. Chacun sait que c’est évidemment faux : on n’est pas le même avec ses amis, sa famille ou ses collègues de travail. C’est justement sur Facebook que l’image d’une identité unique est la plus biaisée. En effet l’activité des utilisateurs Facebook est souvent décalée par rapport à leur véritable identité pour plusieurs raisons :

  • la communauté d’amis Facebook auxquels on s’adresse n’est pas la représentation de toutes les facettes de nos relations,
  • les informations que l’on marque d’un « J’aime » sont souvent des informations futiles ou amusantes ce qui relègue au deuxième plan, et donc en dehors de la bulle de filtration, les informations sérieuses et réellement importantes,
  • le comportement des personnes sur Facebook est le plus souvent guidé (inconsciemment la plupart du temps) par la façon dont on souhaite être perçu.

Ironiquement ce problème d’identité unique est réglé par la bulle elle-même. La personnalisation fonctionne en boucle :

  1. identifier ce que les gens aiment,
  2. proposer un contenu qui leur correspond,
  3. ajuster pour que les informations collent parfaitement.

Cette troisième étape aboutit au final à modeler notre façon de penser et donc notre identité, qui de fait devient une identité unique.

Comment faire éclater notre bulle de personnalisation ?

Certes, on accuse des géants tels que Facebook ou Google. Mais même si ces sociétés peuvent modifier leur comportement, ce sont surtout les individus et les organismes de régulation qui doivent être aujourd’hui vigilants.

Individuellement, la prise de conscience de l’existence de ces algorithmes est primordiale. En variant ses sources d’information, ses sujets d’intérêts, ses outils, on rend le travail de filtration beaucoup plus difficile. On peut également protéger ses données personnelles en supprimant régulièrement les cookies.

Une prise de conscience individuelle à grande échelle de l’existence de ces algorithmes pousserait peut-être ceux qui les pratiquent à être plus transparents. Un tel phénomène s’est déjà produit dans la presse il y a quelques décennies : les lecteurs avaient demandé plus de transparence concernant les choix éditoriaux, les journaux avaient alors mis en place des médiateurs indépendants. Cet exemple montre que le phénomène de personnalisation n’est hélas pas nouveau. De tous temps, il a existé mais l’Internet l’a amplifié de façon démesurée. Un bel exemple de réalité augmentée…

Références :

Avons-nous un parti pris contre la créativité ? et La théorie argumentative : le rôle social de l’argumentation sur internetActu.net

Les mécanismes de la personnalisation du web

Notre dernier article vous présentait le protocole de la petite expérience qui se déroule actuellement. Bien évidemment, d’ici quelques articles, vous pourrez découvrir les premiers résultats de cette étude. Afin de mieux appréhender ce qu’est réellement la personnalisation du web et comment elle va intervenir au sein de notre expérience, intéressons nous de plus près aux pratiques de personnalisation de deux géants du genre : Facebook et Google.

Edge Rank : l’algorithme Facebook

EdgeRank est l’algorithme de Facebook qui a pour fonction de déterminer dans quelle mesure les publications (Edges) de vos contacts seront affichées sur votre fil d’actualité (newsfeed).

Cet algorithme prend en compte deux composants principaux : la publication (Edge) par un contact et l’interaction liée à cette publication. Trois facteurs prédominants vont alors déterminer dans quelle mesure vos amis seront tenus au courant de votre activité :

  1. Le score d’affinité correspond à la quantité d’interactions en temps et en durée. Ce score est unidirectionnel, c’est-à-dire qu’on étudie la quantité d’interactions d’une personne par rapport à une autre dans un seul sens.
  2. Le poids des types de publication est une échelle d’évaluation déterminée par Facebook pour attribuer un certain score en fonction du format de publication. Les types de publications peuvent être des statuts texte, des partages de liens, de photos ou de vidéos, les “J’aime” (like). Il n’est pas impossible que l’algorithme Edge Rank prenne aussi en compte le nombre de visites sur la page de profil d’un contact ou même le nombre de messages privés échangés.
  3. Le facteur temps désigne le fait qu’une publication récente a plus de chance d’apparaître sur le fil d’actualité d’une personne qu’une publication plus ancienne.

Ainsi, si vous n’interagissez pas beaucoup avec un « ami » sur Facebook, s’il propose du contenu qui ne vous « engage » pas suffisamment, Facebook le fait disparaître de votre newsfeed. Mar Zuckerberg justifie cet algorithme très ironiquement en déclarant qu’un « écureuil mourant sur le palier de votre maison est sûrement plus susceptible de vous intéresser que les enfants qui meurent en Afrique » (l’anecdote est rapportée par David Kirkpatrick dans son livre The Facebook Effect).

Google : l’algorithme mystère aux multiples critères

Depuis Décembre 2009, il n’existe plus de « Google Standard » : la personnalisation des résultats de recherche n’est pas une option, mais est imposé de la même façon pour tout le monde.

Malheureusement, il n’est pas possible aujourd’hui de dresser une liste complète de tous les critères utilisés par Google pour personnaliser son filtrage de résultats. Eli Pariser (voir notre premier article) dénombre 57 critères potentiels. Parmi ces 57 critères, on trouve par exemple : l’historique de recherche, le navigateur web utilisé, l’ordinateur utilisé, le temps mis pour taper une requête, le temps passé à choisir sur la page de résultats, l’heure à laquelle on effectue la recherche et bien d’autres choses encore…

Mais ces filtres sont-ils si problématiques dans les choix que nous faisons ?

Si certains tirent la sonnette d’alarme quant au rétrécissement de nos perspectives, ces filtres présentent néanmoins dans certains cas un intérêt non négligeable. Certes, Google choisit une liste de pages web sur des critères relatifs à notre historique par exemple mais qu’en serait-il sans ces filtres ? L’absence de filtre, même si elle ouvre sur une toile bien plus grande représente malgré tout une perte de temps pour l’utilisateur et donc de la même manière une perte d’intérêt. Ce constat fait écho à une étude que vous pouvez découvrir au sein du livre The Long Tail. Cette étude montre que face à un plus grand choix de produits, le consommateur a plus de difficultés à choisir et développe moins d’intérêt pour le produit. Elle révèle notamment que le problème ne provient pas de la quantité de choix mais du manque de direction. Ce problème était notamment soulevé lorsque certains produits étaient « recommandés » parmi les autres.

Le problème n’est donc pas la présence de filtre sur les gros sites, mais plutôt le manque transparence. L’internaute a besoin de filtres (une personne pour nous recommander un produit), mais il a également besoin de savoir qu’ils existent (savoir qu’il n’y a pas que les produits recommandés) et surtout, il doit pouvoir changer ces filtres (dire à la personne: “J’aimerais voir autre chose que ce que tu me suggère”).

Ces algorithmes de filtrage restreignent donc l’information disponible pour nous présenter un éventail soi-disant nous correspondant davantage. Néanmoins, l’objectif de base d’Internet est bien de permettre le partage et la diffusion d’une quantité d’informations énorme et d’enlever toutes les barrières possibles au partage de l’information. La personnalisation du web de plus en plus présente aujourd’hui (proposition de produits sur Amazon, proposition d’amis sur Facebook, proposition de pages sur Google) filtre toute cette information à notre insu et fait désormais entrave au principe de libre diffusion de l’information qui faisait toute la force d’Internet à ses débuts.

Renforcement des idéologies et danger de la personnalisation du web

Cette perte de diffusion de l’information est certes dommageable mais cette personnalisation peut s’avérer bien plus problématique et dangereuse que ce que l’on pourrait penser. Pour des personnes dites « saines d’esprit » et dotées d’un esprit critique, ces exemples de personnalisation du web n’auront pas un impact très prononcé, au pire quelques achats engendrés par des publicités ciblées répétées. Néanmoins, lorsqu’on poursuit une idéologie forte, si ce sont nos propres idées qui nous reviennent quand on fait une recherche, on risque de s’endoctriner nous-mêmes davantage.

La démocratie requiert du citoyen qu’il voit le problème du point de vue de l’autre et s’appuye sur des faits partagés tandis qu’en tant qu’internautes, nous sommes de plus en plus enfermés dans notre bulle et qu’on nous offre des univers parallèles, mais séparés sur Internet. Peut-on dès lors aller jusqu’à penser que la personnalisation du web constitue en soi une réelle menace à la démocratie ? Certes, la réalité augmentée générée par le web aboutit à davantage d’extrémisme, met en relation des personnes éloignées géographiquement mais proches idéologiquement. Néanmoins, les partis, les regroupements religieux, l’extrémisme a toujours existé : aujourd’hui sa réalité n’en est qu’augmentée.

Et si le problème venait de la nature même de l’homme et de sa mauvaise foi ? N’avez-vous jamais remarqué la mauvaise foi dont on l’on peut faire preuve pour démontrer que notre position est juste ?

La prochaine fois, nous reviendrons sur le côté plus sociologique du problème et le cœur du problème : le libre arbitre de l’internaute. A l’aide des premiers résultats de notre étude, nous vous présenterons également quelques astuces pour ouvrir votre bulle de personnalisation au monde !

Facebook : l’expérience …

Comme nous l’avions évoqué dans notre dernier article, voici donc l’expérience tant attendue. Au travers de celle-ci, nous souhaitons mettre en lumière les facteurs qui déterminent l’évolution de notre réseau de relations sur Facebook. Pour cela, nous avons mis en place le protocole expérimental décrit ci-dessous.

Nous allons, sous peu, créer un compte test. Celui-ci interagira, grâce à la complicité du groupe INFO, avec un réseau de relations. Chacun des contacts du compte test aura reçu au préalable un protocole détaillé de son interaction avec le compte test qu’il devra respecter à la lettre. Le succès de cette expérience reposera donc sur la collaboration au projet du groupe INFO.

Vous trouverez ci dessous l’ensemble des protocoles expérimentaux décrivant le comportement de chacun des acteurs de l’expérience :

ATTENTION Nous vous demandons de ne pas consulter le profil du compte test et de n’intéragir avec lui d’AUCUNE façon en dehors du protocole expérimental. Le résultat de l’expérience en dépend. Merci à vous.

La personnalisation du web en question

Ne vous a-t-on jamais proposé sur Facebook ou Google un produit ou un service qui semblait correspondre parfaitement à vos aspirations du moment ? C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la personnalisation du web. Les géants du web tels que Google ou Facebook utilisent des algorithmes de filtrage leur permettant de trier les résultats de vos recherches ou vos contacts selon plusieurs critères se référant à vos habitudes d’utilisation de l’internet (historiques, localisation, matériel utilisé, navigateur utilisé, etc. …). Notre projet sera centré sur cette question : « La personnalisation du web nous enferme-t-elle dans notre bulle ? ».

Cette question fait référence à l’article du même nom de Jacob Weisberg. Celui ci y reprend la théorie d’Eli Pariser, ancien directeur exécutif de l’organisation démocrate MoveOn.Org, selon laquelle la personnalisation du web ne fait que rendre plus étroite notre vision du monde. Paradoxalement, alors que sur l’Internet, les choix sont proches de l’infini, le type de filtres appliqués par Google réduit nos perspectives.

Jacob Weisberg tempère les propos d’Eli Pariser en soulignant que d’une part la sélection de l’information n’est pas un phénomène nouveau, l’internet n’ayant fait qu’accentuer notre propension à nous conforter dans nos idées, et d’autre part que les filtres dénoncés par Eli Pariser ont un effet très limité.

Notre démarche consistera donc à vérifier si la personnalisation du web met réellement en jeu nos choix personnels. Au delà de nos recherches bibliographiques, nous nous proposons de mener deux expériences. La première permettra d’éprouver les filtres de Google tandis que la seconde se portera sur le réseau social Facebook. Mais vous en saurez plus dans notre prochain article !

Pour aller plus loin …