Perspectives du paradigme de Von Hippel dans la réalité

N’avez-vous jamais eu ce sentiment, quand vous lisiez enfant un conte de fée rempli de belles images avec des myriades de personnages engagés dans des histoires toujours plus originales aux fins heureuses, ce sentiment où vous vous demandiez : est-ce possible? Pourrais-je un jour vivre ces aventures aux confins de mon monde, vaincre le féroce dragon sur mon fier destrier et sauver le prince (ou la princesse, selon les rêves de chacun)? Ou même, est-ce qu’après toutes ces péripéties, quelle sera ma vie :  La méchante sorcière est-elle vraiment celle que l’on croit ou bien nous a-t-elle concocté une vengeance même après sa mort? Le prince va-t-il me tromper avec mon père voyant nos horribles bambins?

Cendrillon et son prince, version de Walt Disney

C’est un peu ce sentiment qui nous submerge quand nous étudions l’innovation par les utilisateurs en partenariat avec les entreprises et que nous cherchons à voir jusqu’où celle-ci mène une fois qu’elle est mise en place et le produit de cette innovation crée mis sur le marché. Notre dernier article nous a laissé un peu pantoises/déconcertées car Eric Von Hippel en présentant son paradigme aurait oublié un élément fondamental notamment en terme de perspective d’évolution. Car oui, vous l’aurez compris, pérenniser l’innovation ne peut se faire si on se croit dans le monde des bisounours ou dans un conte de fée, il y a une réalité économique et humaine par laquelle on ne peut couper : la malveillance et la concurrence interne ou externe entre autres, mettant ainsi en cause la fiabilité de la communauté, sont des dangers hautement potentiels qui menacent l’innovation. Revenons donc au monde réel.

Perspectives de survie de l’innovation par les utilisateurs dans les TIC

Comme nous l’avons vu dans nos précédents articles, l’utilisateur est en principe facilement intégré dans les processus d’innovation  à partir du moment où ces processus sont ouverts à tout apport. Cependant, un méchant malin se terre dans le fond du décor : la nature humaine. On ne peut pas l’oublier, l’être humain est bon certes mais l’être humain a aussi ses appétits qui le poursuivent depuis les temps ancestraux de la guerre du feu où il devait se battre pour survivre aux conditions dans lesquelles il vivait. Ainsi, on retrouve par exemple ces appétits dans la trahison si bien décrite dans l’histoire de Caïn tuant Abel mais également dans le processus d’innovation, nourrissant ainsi une concurrence exacerbée.

Utilisateurs indispensables pourtant à l’innovation

Pourtant, si l’innovation ne constitue pas une fin en soi, elle apparaît comme l’une des mesures centrales susceptibles d’améliorer les politiques de l’offre en ces temps de croissance difficiles et comme comme un moteur du développement de la société actuelle. On ne peut donc la réduire à de la recherche et développement car cela ne suffit plus. Il faut réellement adapter la création aux utilisateurs. Les communautés d’innovation ouvertes, véritables groupes de réflexion virtuelle, permettent d’accélérer l’innovation avec le concours des utilisateurs finaux. C’est réellement un enjeu majeur pour les entreprises car leur compétitivité dépend de leur capacité à lancer des produits innovants. Les communautés d’utilisateurs permettent une meilleure compréhension des besoins et des souhaits des consommateurs en cernant mieux les tendances via cette source de créativité en connexion. Prenons l’exemple d’Unix, cet OS qui est constamment amélioré par beaucoup de contributeurs qui lui donnent ainsi de nouvelles perspectives d’usage et augmentent de ce fait la fréquence d’utilisation et d’installation.

Symbole d'Unix

Bref, nous ne nous épancherons pas dessus, car nous l’avons suffisamment fait au cours de nos derniers articles. Vous avez compris l’idée et donc vous comprenez bien qu’il serait dommage que les entreprises se fassent “coiffer au poteau” par d’autres entreprises ou bien que l’innovation de ces utilisateurs ne voient jamais la lumière du jour.

Nous devons ainsi nous sauver et monter dans l’arche de Noé pour pouvoir poursuivre cette innovation, les utilisateurs et les entreprises, ensembles.

 

ATTENTION HUMAIN MECHANT !

Il n’existe jamais de solutions miracle mais peut-être des pistes d’amélioration qui avec un peu de chances permettront de protéger l’innovation de cette nature humaine chancelante. Il est nécessaire de bâtir une réputation et d’inciter les utilisateurs finaux à participer à l’innovation. Il faut créer des facteurs de motivations différents de ceux qui pourraient être cause de soucis. On pourrait peut-être éviter le besoin d’exclusion de la communauté pour exploiter personnellement et pour son propre profit le fruit de cette communauté. Le plaisir. Le plaisir de découvrir et d’explorer des idées créatives et utiles est peut être le meilleur moyen ou la meilleure fin car c’est par celui ci qu’un sentiment de fierté et de motivation se créera donnant ainsi l’occasion d’innover pour la communauté et non pour soi.

 

Philosophie de l’argent

Couverture de "Philosophie de l'argent" de Georg Simmel

Ce cher Georg Simmel aurait hésité pour le choix du titre de son livre entre “Philosophie de l’argent” et “Psychologie de l’argent”. C’est “Philosophie” qui est resté, pourtant, lorsqu’il s’agit d’investir dans l’innovation -notamment celle menée par les utilisateurs- nous entrons dans le domaine de la psychologie : comment gagner la confiance de celui qui sacrifiera l’un de ses biens, lorsque l’on ne dispose que d’une idée immatérielle ? Comment une communauté d’utilisateurs peut-elle démontrer sa fiabilité, sa solvabilité ? Face à la difficulté de ces questions, un risque se présente : comment financer alors le plus innovant des projets, s’il se heurte à une économie frileuse ?

 

Emergence d’un autre paradigme?

Finalement, la paradigme de Von Hippel, bien qu’il présente des limites, reste tout à fait pertinent. Un élèment lui manque cependant : c’est ce petit quelque chose qui permettra de conjuguer les aspirations créatives des utilisateurs, les intérêts des entreprises, et toutes les contraintes économiques et sociales de notre temps, et des temps à venir. Peut-être une nouvelle entité, qui servira de médiateur ? Ou simplement une nouvelle façon de penser, que l’actualité économique mondiale encouragera peut-être…

L’idée serait de revenir à notre idée de “cadre” que nous avons régulièrement évoqué dans nos précédents articles, car elle est peut-être la solution au problème. Il faudrait dès lors que l’analyse et la connaissance de la réalité economique et sociale des entreprises définissent d’abord un périmètre de réflexion, dans lequel par la suite les innovateurs pourraient évoluer et créer comme bon leur semble… Tant qu’ils restent dans les limites du cadre. De cette façon, nous prendrions le paradigme dans l’autre sens, mais qui sait ? C’est peut-être celui-là dont nous avons besoin.

Amandine & Nora

 

Ressources bibliographiques principales :

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 France.